Lundi 15 novembre à 1:50

 Si vous êtes un tant soit peu connecté(e) à ce monde, vous ne pouvez pas ne PAS avoir entendu parler de Giuseppe, le héros de « Qui veut épouser mon fils ? », ce play-boy en promo dont la mère est une caricature vivante. Pardon, ne critiquons pas, elle est peut être le résultat d’une opération (ou de plusieurs) de chirurgie esthétique ratée(s). Pauvre créature. Pardon aux familles, tout ça. Bref, là n’est pas le propos. Ce qui est vraiment important, primordial c’est que le beau Giuseppe au fin visage ciselé (Scalpel mon amour ?), passionné par les chaussures (longues… pointues… perso, je me demande dans quelle mesure elles seraient une compensation pour une virilité atrophiée), et à la cervelle aussi développée que celle d’un lamantin trépané cherche une femme. Attention, pas une femme à proprement parler (il en tombe une tous les soirs) mais la Femme, celle qui…

…. Partagera sa vie, sera sa partenaire, sa meilleure amie, sa confidente ect ? Eh bah non. Lui fera le ménage, la cuisine, les lessives, le repassage, les enfants : en fin de compte, une femme de ménage pondeuse et toujours à disposition de Monseigneur. Guiseppe, caro mio, une telle femme n’existe pas. Ou bien elle est gonflable et robotisée.

 

Mais TF1, cette incroyable marieuse, est là pour le sauver. Car cette fabuleuse et si intellectuelle chaine lui a sélectionné de sacrées paires d’abruties. Retenons la petite Angélique (jamais prénom n’a été plus mal porté), fine et mignonne, stupide comme un hareng, dévorée d’ambition, un cliché vivant. L’enfant a 22 ans à peine, est allée aux USA en tant que jeune fille au pair des rejetons d’un « célèbre cinéaste » (se l’aurait-elle cuisiné en guise de quatre heures ?) Toujours est-il que « l’enfant » en est revenue avec pour ambition flagrante d’être célèbre, elle est donc devenue « mannequin de charme » quoi que ça veuille dire. Puis s’est sans doute dit que se faire connaître/épouser/sauter par un type splendide à l’allure de gigolo serait un excellent moyen d’évoluer parmi la crème de la société. Donc elle le harponne avec la spontanéité et la maladresse d’une débutante dans l’art délicat de la Pêche au Gros Poisson Crétin. Son inexpérience est flagrante et handicapante : il connaît tous les artifices qu’elle use sur lui. Elle se jette sur lui, le baise à pleine bouche, se déclare prête à se siliconer les seins pour lui plaire, persuadée qu’il ne pourra que succomber à tant de bonne volonté et… d’appétit. Sauf que le cougar mâle triche la partie en déclarant « chercher autre chose », elle va « trop vite » la petite tigresse ! « Mais je suis mi-ange, mi-démon et tu aimes ça » lui apprend-elle au cours d’une de ces soirées, lèvres pulpeuses s’avançant en une petite moue sensuelle, regard de braise sous le velours de ses cils sur-maquillés entre le rideau de ses cheveux. Il vire tout de même cette sale petite créature hybride. Game Over.  

A côté, nous avons une brochette de nanas assez incroyables : Clara, sur-nichonnée, Karyn, sosie de sa mère avec 20 ans de moins et laide comme un pou (le crayon contour des lèvres est le mal), Marie (ou autre), blonde, la vingtaine, conne comme un balai sans poil : « je suis d’origine italienne aussi, par mon père. Je partage les valeurs traditionnalistes italiennes : les hommes et les femmes restent à leur place, je suis d’accord avec toi, on est sur la même longueur d’onde ect ». Oh ma gourdasse, moi aussi je suis une italienne traditionnaliste et je vais lancer un contrat sur ta jolie tête trop blonde, histoire de t’enseigner les vraies valeurs de notre pays.

Et enfin, la plus intelligente de toutes, Samira. Ravissante métisse maquillée à la truelle, elle regarde Guiseppe faire son coq avec Angélique sans esquisser une geste de révolte, campe sur ses positions quand la mère lui demande si elle accepterait de faire de la chirurgie esthétique, et ainsi s’impose doucement et sûrement. Surtout quand la mama fait part à son Peppino de l’un des secrets de Samira : elle a été adoptée. Cette enfant a donc été abandonnée. Il n’en faut pas plus pour toucher Macho-Man, qui, atteint du Syndrome Sam le Pompier, se réjouit à l’avance de soigner cette blessure secrète (on rêve d’être un héros ? On cherche à se prouver sa virilité ?...) On ne peut s’empêcher de se dire que la belle a vraiment bien mené son petit jeu quand il l’amène dans une bijouterie pour lui faire essayer une bague de fiançailles. Mais la maman n’est pas d’accord, Samira aurait « manqué de respect au papa », par conséquent, elle ordonne à son grand fils de 39 ans d’oublier sa fraîche fiancée et de la virer manu militari. Mon Dieu, mais les tourtereaux seront séparés, un obstacle est mis sur leur route, ils ne pourront vivre leur amour romantique tout frais déclaré à Deauville autour d’une coupe de champagne par un jour de pluie ! Est-ce que ça ne vous sonnerait pas une cloche ? Ouais, l’histoire d’un Babara Cartland de base, un téléfilm de la 6 qu’on regarde un jour de pluie parce qu’on est trop malade pour se lever et prendre la télécommande.

Evidemment, on ne saura pas (encore) ce que Peppino choisira, car l’épisode se coupe alors qu’il regarde sa dulcinée, torturé par le choix qu’il doit faire : son nouvel et bel amour qui le fait vibrer, ou l’amour puissant, omniprésent, et inconditionnel de sa mère ? (dilemme qui me pousse vraiment à croire que les chaussures sont effectivement un moyen de compenser le fait qu’il soit castré.)

Suite au prochain épisode. Vous avez hâte hein? Gniark gniark.




http://candy-lady.cowblog.fr/images/coquelicot.jpgRien à voir, mais j'estime avoir droit à un peu de douceur et de calme après tant de stupidités enfiellées par mes soins. Regarder ces abruties se jeter sur un mec comme des chiennes sur un quartier de viande est sûrement mauvais pour ma tension, mais que voulez-vous, on est pas toujours raisonnable. Sinon, j'arrêterais définitivement de fumer. Bref, les coquelicots me calment, allez savoir pourquoi.

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Mercredi 6 octobre à 22:08

 Bien qu’étant toujours persuadée que les talons ont été inventés par des hommes dans le seul but d’empêcher leur femmes de les poursuivre quand elles les surprenaient au lit avec leur maitresses, je commence peu à peu à me dire que c’est bien joli en fin de compte et que j’aime le look que cela donne aux filles. Je me suis donc mise à en porter, ou du moins à essayer, la période la plus longue où j’ai dû les supporter étant un mariage. Je me suis finalement décidée à les mettre pendant toute une journée et l’opération fut un franc succès. Aucune cheville tordue ou cassée, et surtout aucun vautrage dans les flaques ou pire, dans les escaliers, ce qui aurait pu être très embarrassant puisque que je portais également une robe.

 

On en parle 5 minutes, de la robe ? 

 

Les jupes (et les robes) ont évolué selon les périodes, en s’adaptant aux circonstances et à l’évolution des mœurs. De fil en aiguille si j’ose dire, on arrive ainsi à la mini-jupe, la fameuse minijupe. Considérée comme indécente par nos bons vieux réac’ et de ce fait vue comme délicieusement scandaleuse par la jeunesse délurée, elle a révolutionné notre vie et notre façon de nous habiller. Qui n’aime pas sentir la douce brise d’été lui chatouiller les gambettes sur la plage ? Et plus besoin de retrousser le jean jusqu’à mi-mollet qui te donne un look de pêcheuse à la moule, faut dire ce qu’il y est. Bref, pour certains, la (mini)jupe est jolie, sexy, pratique même dans certaines circonstances. Mais ce qu’on oublie de dire, c’est les jupes, robes et autres sont en fait de vrais pièges à connes eh oui Mesdames (et Messieurs).

 

 

Prenons une fille lambda, toi par exemple. Tu portes des pantalons à longueur d’année, des larges, des moulants, des jeans qui sont fins, longs, courts, droits, straights (pourrait-on me dire la différence d’ailleurs ? Dans ma vie, straight veut dire droit, mais peut être me suis-je plantée de planète), des larges, des pattes d’eph’, des boot cut, des slim, des skinny, des archi-skinny (à ce stade, tu as par ailleurs les cuisses et les fesses liftées, toutes mes félicitations, tes capitons de cellulite sont sans doute en train de fusionner avec ta chair grâce à la contention), des taille haute, très hautes, moyenne, basse, très basse (voire inexistante).

Bref, un jour, sans trop savoir pourquoi, tu décides de mettre cette robe que tu t’es achetée il y a un bon moment. C’est une chouette robe, dont les deux pans se ferment comme un kimono, et dont la longueur parfaite (un peu au dessus des genoux), ne te tasse pas, ne te fait pas de gros mollets, parfaite on te dit. Tu peux marcher d’un pas vif et conquérant (en théorie), genre femme d’affaire ou étudiante pressée. Ce que tu ne sais pas, c’est que, quelle que puisse être la longueur de ta jupe ma chérie, si tu la portes avec des talons que tu n’as pas l’habitude de mettre, tu vas ramer comme une galérienne pour marcher, monter les escaliers, courir ect en bref te déplacer (et je ne parle même pas de te relever quand tu te seras assise (vautrée ?)) par terre.

Oublie tout ce que tu pouvais faire quand tu portais un jean : t’asseoir en lotus sur ta chaise, ou te percher avec un minimum de grâce sinon d’agilité sur une chaise de bar, tout ça c’est fini, terminé. Et tu te rappelles de ce superbe jeté de jambes-tout-en-tournant-sur-tes-fesses, genre danseuse hip hop débutante que tu avais lorsque tu devais passer par-dessus une table que tu ne pouvais pas contourner ? Tu l’oublies aussi. Si tant est que tu zappes, l’espace d’un instant, que tes fesses ne sont pas moulées dans du denim mais dans un espèce de nylon suprêmement inconfortable et recouvertes de tissu qui « se balance avec fluidité et légèreté sur tes hanches » (pardon, te fait passer pour une exhibitionniste au moindre coup de vent), les éclats de rire et les commentaires des gens qui étaient aux premières loges du « défilé de lingerie saison 98-99 » (oui, tout le monde n’a pas un tiroir à sous-vêtements qui ne se vide jamais : certains jours, tu dois mettre les culottes réservées aux périodes dites « d’indisposition ») se chargent de te le rappeler. Si jamais tu parviens à exécuter cette figure sans trop te ridiculiser, ta longueur de jambe absolument risible fait s’arrêter tes pieds élégamment talonnés à mi-chemin entre le bord de la table et le sol, t’obligeant ainsi à te tortiller comme une gosse de 5 ans qui a envie de faire pipi pour te mettre debout (parce qu’il est bien entendu hors de question de sauter sous peine de voir le tissu remonter plus haut que la décence ne l’autorise dans un lieu public). Enfin, tu ruines ainsi les efforts durement soutenus pour mener à bien la première phase de l’opération.

 

Un vrai piège à connes vous disais-je, dont je confesse être la première victime. Je n’ai aucune grâce, aucun équilibre, mais un esprit influençable par toutes ces conneries de mode, voilà pourquoi je me retrouve en robe et perchée sur 5 centimètres de talons en dépit du bon sens. Être une fille, ça craint, pensais-je, alors que j’attendais le bus, frileusement accrochée à mon parapluie, les voûtes plantaires écrasées et les mollets frissonnants à cause du vent et de la pluie.

Jusqu’à ce qu’un charmant jeune homme me laisse la place sur le banc de l’arrêt pourtant surchargé de monde. En entrant dans le bus, un deuxième tout aussi charmant me fait un grand sourire ponctué d’un regard sans équivoque sur mes guibolles pourtant bien malmenées… et ça me fait ma journée. Pour l’honneur d’un tel regard qui fouette le sang, je me concentre pour ne pas me vautrer,  rentre le ventre, serre les fesses et arrache à mon âme exténuée un dernier sourire subtilement mystérieux adressé à la jolie tête brune en puisant dans les tréfonds de ma réserve de bonne humeur, pour finalement sortir triomphalement du bus la tête haute et victorieuse en me disant que finalement, juste pour un sourire et un regard appuyé, tout ça valait le coup. J’ai osé, j’ai enduré, j’ai gagné.

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Catégorie : Slices of life

Dimanche 1er août à 19:02

Parfaitement mes amis, une sombre bouse, une nullité incommensurable, une stupidité sans nom et d’une crétinerie cosmique. Bon j’exagère un peu. Peut-être. Ou pas. Car comme elle le soulignait, si ça peut pousser de jeunes esprits pas encore trop ramollis par le sexe, le manque de sexe, la malbouffe et Secret Story à s’intéresser un tant soit peu à la culture, pourquoi pas ? Je pense qu’elle a plus foi en leur intellect que moi, mais je lui fais confiance, après tout, elle s'y connait mieux que moi.

Revenons à Hésitation. Jamais œuvre n’a aussi bien porté son titre, clap clap au traducteur, qui, pour une fois, a fait son boulot. On ne va pondre une énième définition de La saga du désir interdit , le Net en est plein et ce n’est pas non plus essentiel pour en comprendre la base : un bête triangle amoureux, recette classique si il en est, mais toujours diablement efficace si on en croit le nombre d’entrées en salle et les cris hystériques de minettes au cerveau atrophié par les éclatantes prunelles de Robert. Si le triangle en question n’apparaissait pas ou peu dans les précédents films, il est au cœur de l’intrigue de celui-ci hélas. Incroyablement pompeux, Hésitation n’est qu’une succession de scènes verbeuses et atrocement mal doublées, sur un fond de pseudo-guerre entre un clan de jeunes excités aux yeux de braise et de vieux briscards menés par un sage et savant Ken blond (tout à fait charmant ceci dit, j’en conviens). Pour les aider, un groupe de très gros loups aux très grandes dents, détenteurs d’un savoir ancestral indien et pas classieux pour un sou : ils se promènent dans de vieux pick-up et trainent en short toute la journée.

Techniquement, la grande question sous-jacente au film est la suivante : qui Bella va-t-elle choisir ? Le beau blond, fin et aristocratique, riche et cultivé, ou le brun aux dents très blanches et torse admirablement musclé, brut de décoffrage, et bien gentil ?

Pendant que son petit cœur inconstant et… hésitant ( !) balance, les deux cadors s’affrontent à coups de cadeaux, déclarations enflammées plus ou moins bateau, et baisers passionnés. Si on dresse un tableau comparatif, Mr Vampire remporte la palme de la pudibonderie, (en témoigne ses répliques « veux-tu bien cesser d’enlever tes vêtements s’il te plait et m’épouser? » [La citation est approximative] lors d’une scène passablement chaude (pour une gamine de 13 ans)). Elégant, raffiné, esthète en fait, il plisse constamment ses traits aristocratiques et marmoréens (cf la traduction) dès qu’il est incommodé par quelque chose et embrasse sa chérie-belle du bout des lèvres, à la « gentleman », sauf quand son adversaire est face à lui. Là, on assiste à un affrontement de testostérone en règle (bien que ce joli garçon blanc en semble totalement dépourvu) de deux coqs essayant de voir qui a la plus grosse. Il se réveille un peu quand il doit laisser Madame à Jacob et l’embrasse avec un peu plus de ferveur sous l’œil goguenard et vaguement concupiscent de Mr muscle, qui pour le provoquer enveloppe Bella en une étreinte possessive et faussement amicale assortie d’un vigoureux et faux « salut ma belle ».

En comparaison, Jacob est un mâle viril, un vrai (son torse pourrait servir d’illustration à un traité d’anatomie), et heureusement qu’il semble avoir un certain mépris pour les T-shirts (en fait, c’est plutôt le réalisateur qui a un certain sens de l’humour), ça nous laisse quelque chose à regarder pendant les scènes incroyablement verbeuses entre lui et Edward, qui pourraient être résumées en cinq mots : « touche pas à ma meuf » (le seul problème est qu’ils ont la même). Il est chaud (bouillant comme une baraque à frite dirais-je), et le sait : « je t’aime Bella, choisis-moi ! Je suis fait de sang, de chair… et de chaleur. Tu le sais… » Oh que oui on le sait, et tout est fait pour suggérer qu’une nuit avec lui serait comme de manger un demi pot de Nutella devant un bon film (je vous laisse choisir lequel) : jouissif sur le coup, mais un péché le lendemain (mal d’estomac pour les uns, hanches qui triplent de volume pour les autres). Ce qui explique pourquoi Stéphanie Meyer, en digne mormone décide de laisser Bella avec Edward, qui fait les choses bien ce petit : il l’épouse avant, couche avec elle après, et la met enceinte pendant qu’on y est ; à l’opposé de Jakob, qui est une bête de sexe aux tétons symétriques, mais probablement pécheresse (je n’ai pas encore décidé en quoi.)

Au milieu de tout ça, la jolie Bella tente de choisir (même si c’est cousu de fil blanc), les sépare mais les dresse encore plus l’un contre l’autre en se laissant embrasser goulûment par Jacob, tout en essayant de rester un « symbole de neutralité » (je cite), quoi que ça veuille dire. J’admire cette petite et son sens de l’à-propos.

En clair, le troisième volet de Twilight nous offre un florilège de situation convenues, de mauvais dialogues et d’effets spéciaux à pleurer (les vampires sont en cristal maintenant) sur un fond de pudibonde critique des pulsions adolescentes. Quelques pointes d’humour quand même, et les flash-back nous offre un bon aperçu condensé de l’histoire personnelle de chaque personnages (les vampires), même si je trouve que la transformation de Jasper ressemble étrangement à celle de Bill Campton. Si le (ou la ?) scénariste a voulu pimenter un peu, c’est raté, il y manque la tension sexuelle et l’ambiance poisseuse de la série données (entre autre) par la très chouette chanson de Jace Everett Bad Things, bien plus funky que celle de Muse.

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Là, et comme je suis très énervée, vous avez même la possibilité de les contempler en photo, ne suis pas bien aimable?

Catégorie : Culture?

Vendredi 9 juillet à 1:11

N’est ce pas merveilleux de travailler ? Gagner de l’argent, faire quelque chose de sa vie, avoir un but (au moins dans la journée), montrer son indépendance et j’en passe et des meilleures. Oui travailler est gratifiant et agréable. Et cela l’est d’autant plus quand on fait un travail qui nous plait, suprême récompense d’heures et de jours passés à suer jusqu’à la dernière goutte d’eau et de matière blanche de notre cerveau sur des sujets totalement abscons, à pondre des dissertations incroyablement verbeuses sur des sujets tous plus passionnants et primordiaux les uns que les autres.

J’ai la chance incroyable de ne pas avoir fini mes études et de quand même pouvoir exercer mon futur métier (que techniquement je n’ai pas encore appris à faire mais passons.). Mais parfois je me demande vraiment ce que je fais là, à trimer comme un folle sur un projet irréalisable dans le laps de temps que je me suis royalement octroyé (tiens le mois de juillet n’est pas à rallonge ?), à suer toute l’eau de mon corps que je renouvelle quand j’y pense (Evian sort de ce corps ramolli). Parce que oui, il fait 30° dehors, autant dans ma chambre et je dois néanmoins passer mon temps sur mon PC, ce qui a pour conséquence de me faire transpirer des poignets. Je ne m’en plains pas, après tout, c’est pour mon futur et j’aime ce que je fais.

Vous savez, ça peut même être drôle : hier j’ai traduit la biographie d’un percussionniste qui a fondé un groupe, ils reprennent des airs traditionnels bretons en les adaptant « dans une esthétique moderne » et les jouent ensuite sur des pistes de ski. Funky non ? Seule ombre au tableau, ces artistes metteurs en scène, comédiens, musiciens, un peu tout cela à la fois qui rédigent ces fameux dossiers artistiques que je suis sensée traduire, peuvent danser, chanter, jouer des percussions, tout cela en même temps pour certains, mais ils sont totalement complètement irrévocablement (et j’en aurais d’autres à mettre mais ça fait trop long) incapables d’écrire dans un français cohérent, clair mais surtout correct. Est-ce donc si compliqué de ne mettre que deux adjectifs au lieu de six ? Est-ce donc si compliqué de conjuguer un verbe ? Ou même de mettre un verbe ? De respecter les règles basiques de la ponctuation ? Ces œuvres d’art humaines créent un monde onirique avec leur corps ou leur voix, ils distordent la réalité physique, en font ce qu’ils veulent et ça marche. Visuellement, c’est splendide, c’est à vous couper le souffle parfois. Mais Mesdames et Messieurs les artistes non non et non, ça ne marche pas avec les mots. Il y a en ce bas monde des règles auxquelles on ne peut pas déroger. Désolée.

Ce qui peut sembler le comble de l’originalité, envoyer balader la syntaxe, le sens lexical ou grammatical, ne ressemble bien souvent qu’à un immense fouillis de mots, imperméable et fatiguant à lire et à comprendre. Alors quoi ? Pour des gens qui clament être des porte-paroles d’une nouvelle relation entre la langue du danseur et celle du musicien, vous vous exprimez bien mal pour l’expliquer. Je ne pense pas être la fille la plus-psychorigide que l’on puisse trouver. J’aime le bordel, je vis dans le bordel, ma vie est un bordel (enfin pas un vrai. Mais ce n’est pas le propos.) Mais trop de bordel tue le bordel. Quand en plus il est écrit sous la forme la plus pédante et alambiquée qui soit, ça confine à la masturbation intellectuelle. J’ai des preuves de ce que j’avance, mais je ne citerai pas ce sur quoi je travaille car on peut très facilement tomber dessus en tapant les premiers mots sur internet, et je ne voudrais pas que les rédacteurs tombent ici s’il leur prenait l’envie de rechercher dans Google leurs propres écrits. (Parano ?)

Je sais que ça ne parait pas aussi pénible que je le dis. Mais quand vous avez passé une partie de l’après midi à faire des recherches pour essayer de comprendre la différence entre une claquette, une castagnette et une crécelle, et l’autre moitié de l’après midi à lire la thèse d’un obscur étudiant en musicologie (je crois) de je ne sais plus quelle université américaine parce vous cherchez un renseignement bien précis sur la voix chantée… Ben lire les élucubrations d’un metteur en scène perché et légèrement égocentrique peut vous amener à rire nerveusement. Très nerveusement. D’aucuns diraient même hystériquement. Je vous jure que j’ai mes raisons.

 

Bref, voilà à quoi m’a mené de traduire Michel Tournier « Vendredi ou la vie sauvage » et sa fameuse description d’un bébé vautour « aux paupières arrondies qui formaient comme deux tumeurs violacées pleines de pus » (la citation est approximative) , des résumés de thèse sur les courbes démographiques de la population de la Ligurie au 15ème siècle, comment la vie sexuelle de l’époque peut être analysée grâce à l’études de ces magnifiques courbes, des livrets d’opérettes niaiseuses à souhait(« Ô mon aimée, Ô mon étoile ! Ma Lune ! Soleil de ma vie, Lumière de mon existence, sans toi je ne puis être, sans toi je meurs, ma flamme s’éteint »), des extraits de romans, du Françoise Sagan, du Michel Tournier donc et d’autres dont je ne me souviens plus du nom et dont je ne veux pas me souvenir de toute façon. Six pages de Françoise Sagan ont réussi à me dégoûter à vie et pourtant je ne connaissais pas. Je suis donc officiellement en couple : mon travail est mon nouvel amant. Comme avec eux, je passe de très bons moments, extatiques même (ce matin fut… intense. Ahem.), je m’engueule avec lui, je pleure et je ris. Je me demande si je serai à la hauteur, si je tiendrai plus de deux mois, si je vais y arriver… . Mes journées y passent, mes nuits aussi (j’en rêve la nuit !), je m’investis à fond, j’en viens à ne presque plus manger et je délaisse toute vie sociale, familiale et sportive pour lui. Good Gracious, je deviens une vraie femme au foyer ! Mais heureusement, la vie est un cookie : très bon au début, écœurant à la fin, on fait une indigestion mais on en reprend quand même après une pause. Ouais, c’est comme ça. Sur ce bonne nuit. Mes neurones font des arabesques et je dois encore faire la chasse au(x ?) moustique(s faites qu’il n’y en ait qu’un, pitié….)

 

-Dis mon p'tit chou mais, tes dernières lignes ne veulent rien dire....Et qui parlait de prose verbeuse et sans beaucoup de sens au-dessus?
-M'en carre! Personne va me traduire moi. Et toc.

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Catégorie : Slices of life

Mardi 23 mars à 1:38

(Pour les plus courageux qui voudraient reprendre depuis le début ou ceux qui ne suivent plus, voir les Chapitre I, II, III, IV ici)

Totalement sonné, David sorti précipitamment de la salle, récupéra son casque et sauta sur sa moto. Non, c’était trop il ne pouvait pas. Il se sentait comme possédé par son regard, son aura troublante de séductrice qui naissait sous  l’enveloppe délicate de femme-enfant. S’il était resté, il n’aurait pu se contrôler. Et cela, il ne le voulait pour rien au monde. Car cet homme meurtri par les femmes qui l’avaient désiré mais sans l’aimer ne s’estimait pas digne d’une telle créature. Il savait qu’il avait ce côté sombre, une noirceur d’âme qui attirait les assoiffées avides de relations à sensations fortes qui tiraient vanité de pouvoir posséder son corps et son âme, mais sans jamais se laisser aimer. Il ne pouvait pas laisser s’exprimer ce côté noir en public, ce qui en faisait un cavalier des plus courtois, charmant, attentif et galant. Ses conquêtes se flattaient de l’avoir à leurs pieds, et il acceptait cette situation car elle lui permettait de brider sa passion sauvage. Mais elles n’étaient pas conscientes que, pendant une toute petite seconde, il les avait en son pouvoir : l’instant clé où, éperdues, elles le laissaient les mener à l’apothéose était sa vengeance personnelle sur ces prédatrices, qui attendaient, suppliaient même qu’il leur fasse atteindre l’ultime jouissance. Son côté obscur se délectait ainsi de voir ces femmes se soumettre ainsi à son bon vouloir ; martyres lâchées en pâture à l’Extase dans l’arène de la passion charnelle, elles imploraient la délivrance que seul un César pouvait leur accorder. La brusquerie dont il avait fait preuve avec Kate le soir de leur rencontre était un bon exemple de ce dont il était capable dans ses pires moments, c’est pourquoi il s’enfuit avant de commettre l’irréparable une seconde fois.

            Il marcha un long moment, seul et désemparé et se retrouva sur les quais sans trop savoir comment. Hagard, il les arpentait, le visage exalté de Kate imprimée sur sa rétine, les mains agitées de tics nerveux. Cette situation n’était plus supportable, il devait prendre une décision. Il ne pouvait plus l’ignorer, il ne pouvait plus faire comme si elle n’avait pas changé sa vie. Lui le beau parleur, toujours  l’aise avec les femmes, toujours en quête du grand amour et se donnant les moyens de le trouver, savait être tombé dessus au hasard d’une rencontre, mais était incapable de se déclarer. « Du moins pas en direct », pensa t’il. « Je pourrais trouver une autre façon de lui prouver mon amour. Internet… Il devrait être possible de dénicher son adresse mail quelque part, son adresse professionnelle sûrement… ». Revigoré par cette décision, il se leva du banc sur lequel il était resté assis toute la nuit, les yeux dans le vague, son casque de moto posé à côté de lui, caricature de présence humaine sensée lui faire croire qu’il n’était pas seul au monde. En repartant vers son cabinet, il fit rugir le moteur comme un cri de victoire dans l’air froid de la ville s’éveillant à l’aube.

            Une fois arrivé, il se connecta à Internet et après quelques minutes de recherches, il parvient à trouver son adresse postale ainsi que son adresse mail professionnelle. Il eut un coup au cœur en avisant qu’elle travaillait dans la même rue que lui. Mais son rendez-vous de 8h30 était là avec son chien de la taille d’un veau, et la paire étant plutôt impatiente, il résolut de mettre de côté tout tracas sentimental afin de se concentrer sur son travail. Il soigna des animaux toute la journée, rassura des maîtres paniqués, en consola d’autres tristes d’apprendre la fin proche de leur compagnon, et réussit à ne presque pas penser à elle.

            A 18h, il ferma son cabinet, éteignit les lumières et rentra chez lui. Il habitait un petit appartement à deux pas de son travail. Sa vie de célibataire avait au moins un aspect agréable : il pouvait meubler son chez lui comme il l’entendait. Des bibliothèques tapissaient les murs de son salon, un écran plat et un lecteur DVD étaient discrètement placés dans un coin de la pièce, face à un divan d’une taille fort respectable. Une cuisine américaine, une chambre en suite et une pièce bureau complétait l’ensemble. Les murs étaient peints en blanc, et même si quelques cadres décoraient les pièces, le tout montrait tout de même les signes d’un emménagement précipité d’un célibataire qui ne rentrait chez lui que pour dormir et manger.

            Il s’étala de tout son long sur le divan, prit son ordinateur portable sur ses genoux et se concentra pour écrire un petit texte d’une dizaine de lignes qu’il envoya, après une longue hésitation, à l’adresse mail de Kate. A la fois soulagé et inquiet, il se coucha, et pour la première fois, les yeux flamboyants de la jeune femme ne le hantèrent pas, ne firent pas naître la brûlure de l’intense sentiment de culpabilité qui le consumait depuis leur rencontre, mais au contraire furent comme la tendre caresse de l’amante sur son âme fatiguée et meurtrie.

           


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(Vous ne trouvez pas qu'elle a une tête de défoncée la dessus?)

Catégorie : Harlequin

Dimanche 28 février à 16:43

La Sarthe. Cette magnifique région, verdoyante et odorante, terre de caractère. Son circuit, ses rillettes et ses foires. Sa campagne, ses routes sombres, sinueuses, mystérieuses en un sens. Mais surtout, surtout, ses habitants. Un accent unique et si délicat à l'oreille, ses "pô" à la place des "pas", ses "c'lui" là en guise de "celui là" (qui sert pour tout, le déterminant démonstratif "celui ci" semblant avoir disparu du lexique local). Si vous y ajoutez la nouvelle mode qui consiste à parler avec autant d'exactitude que le langage dit "texto", vous obtenez un cocktail détonant et pittoresque. Petit aperçu de la vie en Sarthe?

Venez dans une soirée ou vous ne connaissez aucun invité, seul(e) de préférence. Cela vous donne tout loisir d'écouter et d'observer en tout impunité, personne ne peut vous reprocher de vous taire, vous êtes timide. Eh oui, même si ce n'est pas le cas dans la vraie vie, faites semblant. Ne participant à la conversation, vous êtes tous yeux et toute ouïe. Et les principales disons caractéristiques de langage vous sautent aux oreilles: [l'orthographe est des plus approximative] "oh p'tain mon frère [beuglement de colère des parties féminines de l'assistance dûs au gros mot employé malgré la présence des délicates oreilles d'un enfant. On y reviendra.], en v'nant j'me suis mangé un..... [mystère], la caisse, elle était défonç' grave, j'ai dû tripatouiller le [...idem] pour la faire r'partir quoi, un truc de chaumé!!" Hochement de tête d'acquiescement à ce dernier adjectif de la part de l'assistance, bouche bée (un mâle alpha parle, un profond silence se fait car le sujet est religieux: une voiture.) "Oh mec, dis donc, j'ai encore la caisse de [autre mâle alpha présupposé], bah non j'peux la r'vendre, y'a des tas de trucs à changer, la courroie de dis', elle est flingué mec..."  Nouveaux hochements de tête fervents, et voilà qu'une partie féminine ouvre la bouche: "mais attends, ta courroie de dis, quand tu l'auras changée, tu pourras r'vendre ta caisse bien plus chère, mais ça coûte combien? [la courroie de dis', qui est, je puis maintenant vous le dire si vous n'aviez pas deviné, la courroie de distribution.] Annonce d'un prix quelconque, puis approbation de la partie féminine en question: "Ah oui, bah ça va." La conversation est lancée, principalement dominée par la testostérone, avec une ou deux interventions de la part de l'oestrogène. Détendez vous, vous n'y comprenez rien, c'est normal.

Tiens parlons donc un peu de l'oestrogène. Un peu perdu(e) par la conversation mécanique, vous vous tournez vers la partie féminine du canapé (les deux sexes se séparant une partie de la soirée). Vous croyez être sauvé(e)? Naïf (ve) que vous êtes. Tout ce que vous ne saviez pas (et tout ce que vous n'aviez peut être pas envie de savoir) sur la maternité et la grossesse est là, déversé, disséqué, analysé, commenté et apprécié à voix haute et extrêmement stridente par ces jeunes représentantes de cette délicieuse région. Car, bien qu'à l'aube de leur vingtaine, ces tourbillons d'oestrogène ambulants ne pensent qu'à procréer. Ou l'ont déjà fait et font partager leur expérience aux jeunes initiées. Si l'étrange impression que vous ne menez peut être pas votre vie comme il le faudrait selon leurs critères s'empare de vous, ne craignez rien, ce n'est qu'un effet secondaire dû à la fréquentation de jeunes spécimens d'apprenties mamans à 22 ans. Si vous dites que ne vous ne comptez pas enfanter une quelconque progéniture dans les 10 ans à venir, il est tout à fait normal si l'on vous retourne un regard  poliment étonné, complètement ahuri, voire incroyablement méprisant.

Enfin, il intéressant de constater à quel point le mythe de la propriété semble affecter ces jeunes adultes. Acquérir une maison, un appartement, ou une voiture est un moyen de se stabiliser en créant, puis en fondant un foyer que l'on est capable d'entretenir par soi même, sans être dépendant financièrement. On fait un enfant pour compléter le tableau, pour se dire (ou se convaincre?) qu'on est bien ensemble et parce que c'est ce que font les "familles types".  On acquiert un chien, on trouve du travail, on pose des RTT, on pense à investir dans un monospace "parce que c'est plus pratique pour les enfants". On a 22 ans et on veut devenir adulte avant d'avoir fini d'être jeune.

Conclusion: Au pays des rillettes, on ne fait pas que tuer des cochons pour les tartiner, on tue aussi sa jeunesse. Et ces meurtrières ne voient pas ce qu'il y a de mal à cela. Faites le contraire et vous devenez un phénomène de foire.

Je regarde autour de moi et je vois que toutes mes amies d'enfance sont mariées, pacsées, et/ou mères. Et que les amies de certaines ont exactement les mêmes aspirations. Le tout dans un rayon géographique de 20 km à peine. Loin de moi l'envie ou la volonté de stigmatiser, après tout, ce genre d'idée peut se trouver dans n'importe quelle région, mais je suis quand même frappée de voir que la majeure partie des gens que je connais en Sarthe sont engagé(e)s officiellement. Ai-je pour autant le droit de critiquer leur vie, leurs aspirations? Of course not. Mais j'ai le droit d'avoir peur...
.... non?

http://candy-lady.cowblog.fr/images/coquelicot5509f.jpg


A part ces considérations, en cherchant je ne sais quoi, je suis tombée là dessus: www.lepost.fr/article/2009/03/25/1470825_la-revolution-coquelicot-arrive.html. J'ai trouvé la photo plutôt jolie et l'idée sympa. Oui je sais, un gros truc de hippie me dirait lost.

 

Catégorie : Slices of life

Mardi 9 février à 22:35

(Si vous avez raté le début, voir ici)
       

Mais Marc n’était pas seulement un homme intuitif, c’était aussi un opportuniste. Et ce fût cette qualité (ou ce défaut, selon les points de vue) qui fit germer une idée lumineuse dans sa belle tête. Il courut après Kay et la rattrapa alors qu’elle sortait du cabinet. Etonnée, puis reconnaissante, elle accepta la proposition qui lui fit.

             Vêtue d’un peignoir de soie noire, cadeau de sa sœur affectionnée, mais délurée, Kay se désolait devant sa garde robe, non décidément, rien ne convenait. Que devait-on mettre pour aller à un concert de rock ? Elle n’avait aucune expérience en la matière, jeune femme introvertie, elle ne sortait que rarement et évitait au maximum les bains de foule, ce qui lui avait valu une profonde solitude à l’université. Les seuls concerts auxquels elle avait assisté avec son ex-mari étaient des concerts de musique classique, ou des évènements caritatifs, privilèges dus à sa situation sociale et professionnelle dont elle se serait bien passée. Elle rejeta plusieurs tenues, et découragée, s’assit sur le bord du lit.
« Les talons aiguilles sont exclus, question de bon sens… . Alors quoi ? Jupe en cuir ? Jean ? Tailleur ? Et en haut… il va faire chaud, un débardeur… Ciel, je suis en retard ! » Elle attrapa un jean, un t-shirt et une chemise, sa besace et se rua dehors, où Marc l’attendait depuis dix minutes déjà. Gentleman jusqu’au bout des ongles, il ne lui fit aucune réflexion et la complimenta sur ses boucles d’oreilles.
            En chemin, il lui parla du groupe qu’ils allaient voir, « un peu violent, mais spectaculaire » lui dit-il. Lorsqu’ils arrivèrent dans la salle bondée et étouffante, la première partie avait déjà commencé, et les gens continuaient d’affluer. Bientôt, ils se retrouvèrent coincés parmi d’autres spectateurs. La température semblait augmenter de minute en minute, et bientôt,  tout le monde fut en T-shirt ou débardeurs.

            Kay observait la salle qui commençait à se mouvoir avec la musique, la chanteuse sur scène qui s’époumonait pour eux et les musiciens qui semblaient presque en transe. Peu à peu, la chaleur, la fumée et la musique excita le public, les gens semblaient se rapprocher, chercher le contact. A sa grande surprise, Kay appréciait cette ambiance. Elle leva les yeux vers Marc, qui, sentant son regard, quitta des yeux la scène et la regarda à son tour, avec un léger sourire au coin des lèvres. Immédiatement, elle eut la conscience aigue de ce dont elle avait l’air. Ses longues mèches brunes pendaient, désordonnées sur ses épaules nues et recouvertes d’un léger voile de transpiration, ses lèvres rouges d’avoir été trop mordues et ses grandes prunelles sombres semblaient presque liquides de langueur… . La foule s’échauffait, s’énervait de plus en plus et Kay sentait grandir en elle une excitation et une chaleur dont elle ne saisissait pas l’origine.

            Les lumières se rallumèrent à la fin de la première partie, et, étourdie et assoiffée, elle se jeta sur la bière que lui offrit Marc. Ils discutèrent un moment, puis se turent lorsque l’obscurité se fit dans la salle. « Tu verras », lui glissa t-il, « la chanteuse est extraordinaire ». Un silence de cathédrale se fit lorsqu’elle apparut sur scène, éclairée par derrière grâce à un seul projecteur. Sa silhouette se découpa, immobile et magnifiquement érotique. Toute en formes assumées et même magnifiées, la jeune femme semblait une ode à la vitalité et à l’érotisme. Elle commença à chanter, et immédiatement, toute la salle fut transportée par sa voix grave et son dynamisme. Bientôt, les morceaux se confondirent pour ne former qu’un amalgame de sons qu’elle menait de sa voix rauque et puissante. Elle s’empara de la scène avec une facilité déconcertante, et bientôt, les instruments ne furent plus que les chevaux d’un attelage qu’elle dirigeait d’une main de fer. Capricieuse et fantasque, elle se rapprochait d’eux, dansait avec les uns puis les autres, se lassait de chacun pour mieux y revenir ensuite. Sonnée, Kay la regardait vibrer, admirait son corps se tordre sous les caresses des notes, incroyablement sensuel et splendide d’impudeur. Elle représentait tout ce que Kay n’était pas, et tout ce qu’elle aurait aimé être, une femme et non plus une créature charmante toute en fossettes. Peu à peu, elle sentit la chaleur de la foule, elle prit conscience des corps qui l’entouraient et la compressaient, son excitation monta encore et encore à mesure que la multitude s’énervait, innocente victime torturée par ses désirs éveillés par la concupiscence de la chanteuse qui se jouait des tourments de ses admirateurs, et Kay n’était qu’un martyr parmi les autres. Son corps se balançait en rythme avec la musique, copiant les mouvements et les courbes décrites par celui de la chanteuse, ses yeux se mirent à briller, sa poitrine se soulevait et s’abaissait, elle haletait, ses yeux balayèrent la salle et rencontrèrent le regard bleu lagon de… David.

             Incrédule, étourdi et comme assommé, il la contemplait et ne pouvait croire ce qu’il avait devant les yeux. En l’espace d’une semaine à peine, elle était devenue d’une sensualité incroyable, un poème à la volupté. Ils se rapprochèrent, l’électricité qui régnait dans la salle semblait se concentrer entre eux, sans un geste, sans un mot, ils se déshabillèrent du regard, se caressèrent et s’aimèrent. Derrière eux, la chanteuse atteignait la jouissance ultime sur une apothéose de notes aigues.

Catégorie : Harlequin

Dimanche 24 janvier à 21:22

Un cri strident. Des injures, des bruits de coups, le son des os qui volent en éclats... . Un hurlement de pure terreur, un rire inhumain, fou et  hystérique.
Puis plus rien.
Je vois. Une pièce éclairée par la lumière tamisée d'une lampe renversée sur la moquette rouge, qui, peu à peu, se gorge d'un liquide d'un rouge plus sombre encore. Vision horrible de deux corps brisés, tordus en des pauses grotesques.
Je m'avance, le sol est gluant. Etranglée de frayeur, je contemple les restes de mes voisins. Quelque chose d'incongru règne sur cette scène de cauchemard, quelque chose de nouveau, d'inconnu aussi... .

Ce n'est qu'un silence d'église parfaitement indécent qui m'enveloppe, apaise mes tremblements et ma peur. C'est fini. Je ferme les yeux....

.... je me redresse, tremblante et haletante, les yeux hagards et les cheveux fous. Une vague d'espoir me prend, j'écoute....

.... des cris perçants, "va te faire foutre enculé de ta mère, ta gueule grosse vache", musique à fond les steaks.

Alas, je rêvais éveillée. Je crois que je deviens allergique au bruit, et je me découvre être une tueuse en puissance. Je m'en vais donc de ce pas me reposer devant Marilyn sur Arte, et si j'entends le moindre son qui proviendrait d'à côté, je ferai du rêve une cruelle réalité.

Catégorie : Slices of life

Vendredi 22 janvier à 21:20

 (Suite du mercredi 9 décembre, Harlequin II: Temps suspendu.)

Plusieurs jours s’écoulèrent et Kay, anxieuse à l’idée de croiser le ténébreux David en allant à son cabinet d’avocat (il venait de s’établir dans sa rue en tant que vétérinaire), ne cessait de prendre des chemins détournés pour l’éviter au maximum. Dans l’ensemble, sa petite combine marchait, une fois seulement elle l’avait aperçu, sortant de la pharmacie, dans une avenue voisine. Elle s’était alors empressée de se cacher dans une encoignure de porte. Elle avait bien conscience que son manège était ridicule, mais elle ne pouvait pas s’en empêcher, tant la crainte de le revoir la tenaillait. Elle sentait encore les mots durs qu’il avait eus lors de cette fameuse soirée, son ton arrogant et blessant avait été comme un soufflet sur son âme fragile et délicate de jeune femme récemment divorcée. Mais un regard avait suffit pour qu’il la possède tout entière, et bien qu’elle susse que penser à lui ne faisait qu’attiser la douleur, son visage, ses yeux et la brève étreinte qu’ils avaient eu revenaient sans cesse dans son esprit ; sans fin et sans se lasser elle se repassait le film de ces quelques secondes qui l’avaient changée à jamais.

C’est ainsi qu’elle s’efforçait de vivre sa vie comme elle l’avait toujours fait, calmement mais avec dans le cœur, un trou creusé par la conscience aigue d’une profonde solitude. Elle allait au bureau tous les jours, se penchait sur les cas les plus difficiles, plaidait et constituait des dossiers à l’infini, recevait des clients, bref s’investissait autant qu’elle l’avait toujours fait dans son travail d’avocate, en dissimulant sa tristesse sous un masque de professionnalisme.
            Marc, son associé et meilleur ami, magnifique homme blond aux yeux verts émeraude, sans cesse poursuivi par un bataillon de créatures sublimes rêvant de se pendre à son cou, mais irrémédiablement fou amoureux d’un bassiste avec qui il vivait depuis une dizaine d’années, avait bien remarqué sa mélancolie. Jusque là elle avait toujours réussi à esquiver ses questions, mais ce jour là, elle sentit qu’elle ne pourrait plus lui échapper.

Il lui demanda d’un ton péremptoire de venir le voir dans son bureau, et refermant la porte derrière elle, lui proposa un café, qu’elle refusa. Après quoi, il s’assit en face d’elle dans un des confortables fauteuils qui meublaient la pièce.

« - Ma chérie, vas-tu te décider à me dire ce qui ne va pas ? Depuis ta fameuse soirée chez Clara, je te sens préoccupée, tu as confondu les dossiers de Mr Danton et Mr Keller tout à l’heure, ça ne t’était jamais arrivé auparavant… .

- Mais tout va bien Marc, je t’assure, je suis très heureuse… .» Sa voix se brisa sur les derniers mots, et à sa grande honte, elle fondit en larmes.

« -Qu’est ce qui se passe enfin  mon petit chou ? Oh… Tu as rencontré quelqu’un, n’est ce pas? »

Un sanglot lui répondit, au milieu duquel il parvint à saisir un oui étouffé par les larmes.

 -« Eh bien, mais c’est merveilleux, ça ? Je me demandais quand tu allais enfin… Mais pourquoi pleures-tu ?

- Je… Oh Marc, il… est… Je ne le connais pas, lui non plus, nous nous sommes regardés, je suis tombée sur son champagne, il m’a rattrapé et ses mains étaient d’une douceur incroyable lorsqu’il m’a touché, il paraissait si dur, si viril et pourtant si vulnérable avec sa mèche et son regard d’enfant blessé… . Mais à ses mots, j’ai bien vu que je ne l’intéressais pas, je suis trop insignifiante, il fut si blessant… . Je sais que c’est une erreur de penser à lui comme ça, je suis stupide de rêver sur un parfait inconnu, mais il s’est installé dans notre rue, en face, il a ouvert un cabinet de vétérinaire, depuis, chaque jour est une épreuve pour ne pas le croiser, et chaque nuit une torture,  son visage flotte devant mes yeux, et je m’endors avec son image sur la rétine. »

Il y eut un silence, durant lequel le jeune homme la considéra d’un œil bienveillant, avec un léger sourire au coin des lèvres. « S’il est dans le coin, rien n’est encore perdu, » pensa t-il. Car il rêvait de voir son associée enfin heureuse avec un homme. Celui là, il le sentait, avait laissé son empreinte chez elle, et elle ne pourrait jamais s’en débarrasser. Déjà il la trouvait changée, sous sa tristesse et son professionnalisme un parfum envoûtant de femme modelée par les affres de la passion se dégageait : sorte de Galatée moderne, elle prenait vie sous les douloureuses ciselures de l’Amour, son Pygmalion. Oui, quoi qu’il se puisse se passer avec cet homme, elle en sortirait différente.

            Mais parce qu’il n’était pas seulement observateur, mais aussi ami, Marc se fit le serment d’aider Kay à trouver cette paix intérieure, à atteindre une plénitude que seul un homme comme ce David pourrait lui apporter. Car il était certain que le coup de foudre avait été réciproque. Malgré sa jeunesse, il possédait une certaine intuition de ce genre de chose, et il doutait fortement que la réaction violente de David ait été mue par le dégoût plutôt que par un amour non assumé. Aucun homme ne prend la peine de serrer une femme contre lui pour la repousser brutalement ensuite. Non ces deux là s’étaient plus, aimés même, et désirés au premier regard, il le savait. Restait maintenant à faire en sorte qu’ils s’aiment pour le reste de leurs vies… .

            Armé de cette certitude, il consola la jeune femme à grand renfort de silences compréhensifs entrecoupés de paroles rassurantes et d’étreintes fraternelles. Les yeux rouges, elle le quitta au bout d’une heure et en sortant, il lui sembla que le trou dans son cœur avait commencé à se remplir un peu.

Catégorie : Harlequin

Lundi 21 décembre à 0:48

Maman, à quoi elle pense la dame ?

On ne sait pas, mon chéri. Elle ne parle jamais.

Mais pourquoi est ce qu’elle ne dit jamais rien ?

Elle n’en a peut être pas envie.

Elle fait quoi quand elle ne parle pas ?

Elle pense à sa vie et à celle des autres.

C’est possible de faire ça ?

Mais oui. Tu sais, c’est une forme de distraction, ça évite de trop penser à sa propre vie, ça occupe l’esprit… Regarde une personne dans la rue, essaie de la deviner à travers ses vêtements, la façon qu’elle a de marcher, de parler, de regarder. Jette un oeil à cette dame par exemple: tu vois qu' elle regarde souvent droit devant elle, elle marche très vite, d'un pas très décidé comme si elle avait un but, et pourtant elle ne voit rien devant elle. Parce qu’elle est dans son monde elle ne veut pas observer ce qu’il y a autour d’elle quand elle marche, tu comprends ?

Oui. Moi, quand je serai grand, je ne serai pas comme ça. Je regarderai tout le monde, et je devinerai tout le monde. Je serai un médecin pour les gens qui regardent pas les autres gens.

C’est un peu plus compliqué que ça mon chéri, mais pourquoi pas… .

Pourquoi c’est plus compliqué ?

Je t’expliquerai ça un autre jour tu veux bien?

Oui. T’as le même prénom que la dame dans le film…

Quel film ?

Ben celui que tu regardais l’autre soir, là, avec le monsieur italien qui est soldat et qui passe un temps fou sur un toit de Manosque avec un chat.

Ah ! Oui, Le Hussard sur le toit.

Il faisait quoi sur le toit le monsieur ?

Il attendait.

Et la dame, tu crois qu’elle attend aussi ? C’est drôle, elle a l’air jeune et vieille à la fois. Elle a un manteau noir et un sac vachement coloré quand même. Elle est qui et elle attend quoi ?

Probablement le train de sa vie.

Comment tu le sais? Elle attend qu'il parte?

Non mon chéri, qu’il arrive plutôt, pour pouvoir le prendre et enfin partir avec. Et je le sais parce que j'ai été cette dame, il y a longtemps.

Ah, je comprends maintenant. Mais y’a pas quelqu’un qui peut l’aider à pas le rater ? C’est ce que font les maris non ?

Elle est jeune, je ne pense pas qu’elle soit mariée. Et elle à l’air d’être seule, mon amour.

Bah oui, je suis bête moi, ses maris, ils étaient dans celui d’avant qu’elle a loupé.

 

Catégorie : Slices of life

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