Dimanche 30 août à 17:07

Parce que je devrais être en train de réviser mes saletés de concordances des temps en italien (eh oui certains sont encore en vacances [sursis ?] pendant que d'autres attaquent les rattrapages lundi matin 7H30...), je revâsse en pensant non pas à mes (très) courtes mais néanmoins jouissives vacances mais, aussi curieux que ça puisse paraître, à.... mes courses d'hier. Je n'ai de toute façon que ça à faire, si tant est que l'envie de sortir m'avait prise, les hurlements bestiaux qui s'échappent de la prison à côté de chez moi m'en dissuadent fortement.

Dans un premier temps, sachez que je déteste faire les courses alimentaires. A chaque fois que mon frigo me hurle de le remplir si je ne veux pas finir anorexique, je me rends à la grande surface près de chez moi pour y prendre religieusement et docilement (ais-je entendu un "femme soumise" ?!) les articles qui feront de moi une fille à la ligne digne de ce nom et non pas un squelette sur pattes. Le tout est expédié en une heure chrono, transport compris.

Hier donc, en digne vacancière déconnectée, j'errai dans ce temple de la consommation de masse, hagarde et déboussolée au milieu d'une foule de gens beaucoup trop bronzés. Sentant la folie me guetter et l'envie de hurler me prendre, je fixai mon attention sur autre chose que sur ce que je devais acheter (ce qui explique pourquoi je me retrouve avec 3 boites de Tampax totalement inutiles) et je regardai les gens autour de moi. Avez vous déjà essayé d'observer ceux qui gravitent autour de vous ? C'est à mourir de rire parfois.

Il se trouve que la majorité des familles ne voit pas quoi faire d'autre que de trainer leur progéniture au supermarché un samedi après midi ensoleillé. Le mécontentement engendré par une telle sortie familiale provoque chez ladite descendance des humeurs qui, pour l'observateur extérieur, sont des plus  amusantes. Prenons l'exemple de cette adolescente agée d'environ 15 ans. Elle marche derrière le caddie poussé par une mère déjà épuisée par l'effort produit pour canaliser l'energie de deux jumeaux hypéractifs aux organes vocaux capables de produire autant de décibels que deux avions de chasse. Tout sur la figure du sujet montre son ennui profond d'être là plutôt que dans sa chambre, à se faire une après-midi MSN. Sa démarche est lente et lourde, mais digne, ses frêles épaules semblent porter le fardeau du martyre sacrifié à l'autel de l'Aide Familiale. Notre Blandine contemporaine subit, avec la grâce innée des enfants en pleine puberté, les tendres reproches maternels : "tu avais promis de m'aider à faire les courses... Occupe toi des jumeaux s'il-te-plait, je n'arrive pas à me concentrer s'ils sont tout le temps dans mes jambes..." Pauvre mère, incarnation de la naïveté adulte : demander de l'aide à un ado revient à demander à Sarko de se taire.

Poussant un soupir curieusement puissant compte tenu de la finesse de sa cage thoracique, celle-ci considère la requête quelques secondes et accepte de s'ébranler derrière les moustiques braillards. Après leur avoir intimé d'une voix fluette mais néanmoins mauvaise de se taire et de se tenir tranquille, elle se rassoit et retombe dans sa léthargie, jusqu'à ce que son portable vibre, annonçant le sacro-saint texto qui la sauvera peut être de la mort par ennui. Coup de chance, c'est un appel.

Le coup de fil salvateur semble métamorpher notre sujet. D'ado mal dégrossie, la jeune fille se transforme en une femme fatale. La frange est rejetée en arrière d'un geste expert, l'oeil se met à briller, et la bouche boudeuse s'étend même en un mince sourire, tandis que s'échappe de sa gorge un roucoulement digne des plus grandes prédatrices. Le haut-parleur enclenché, proclamant ainsi à la face du supermarché (et de sa mère) son statut de fille casée, notre apprentie femme fatale entame une conversation portant sur une possible visite  au dit petit ami dans l'après-midi. Jouant savamment de sa voix suave, elle assène d'un ton alangui des "peut être..." - "pourquoi pas...", conclus par un "je te redis ça, j'ai un après-midi très occupé" sans appel. L'autre n'a plus qu'à s'incliner, et raccroche sur l'hypothétique espoir de voir sa dulcinée passer chez lui pour un jeu "très spécial"...

La dulcinée en question reste un moment les yeux perdus dans le vide, puis se lève. Enfin se déplie. Car si les épaules étaient voutées pour cacher son potentiel 85A, Lolita exhibe sans aucune vergogne une paire de jambes interminables, surmontées d'un microshort et terminées par des sandales aux talons si hauts que même Miss France ne pourrait marcher avec. Avec toujours un sourire étirant ses lèvres, elle court pour rattraper sa mère, qui galère toujours pour remplir son chariot tout en surveillant les deux mouflets. Une probable visite au chéri semble avoir motivé l'Ennui Personnifié qui, s'emparant de la liste serrée dans la main maternelle, se met attraper frénétiquement tout ce qui y est inscrit, ajoutant au joli tas des bandes de cire à épiler et une boîte de préservatifs. Au cri choqué de la Mère, l'Ado rétorque d'un ton des plus innocents et des plus agaçants :  "ben quoi ? T'veux pas que j'prenne la pilule et au collège, y z'en donne plus, y'en a plus !" La mère ne dit rien, démolie par cet argument retors typiquement adolescent.

Une demie heure plus tard, je les recroisai à la caisse. L'Ado sautillait d'impatience tel un Zébulon des temps modernes, couvée par le regard mi-épouvanté, mi-attendri de la mère, qui revoyait peut-être en sa fille, à la beauté encore mal définie mais déjà arrogante, sa propre jeunesse à présent révolue. Si tant est qu'elle en avait besoin, les deux morveux hurlants collés à ses basques se chargèrent de le lui rappeler.

Mères désabusées, vous voulez aider votre ado à épiler le poil qu'elle a dans la main ? Renoncez, en vous disant que ce sont les hormones débridées qui l'ont fait pousser. Une fois la libido naissante apaisée, votre fille vous reviendra ; docile et gentille, elle vous aidera, mais gardera au fond de l'oeil cette lueur de celle qui sait.

Mercredi 27 mai à 20:09

Bien sûr je devrais être en train de taper mes sept pages de Civilisation 17ème italienne (le Printemps des Peuples en Europe...). Réviser ma littérature anglaise. Faire ce commentaire de texte anglais. Et non, à la place, je viens à nouveau passer mes nerfs. Ce fichu rapport de stage me hante encore et taraude ma conscience.

Pleine de bonne volonté, à peine rentrée je m'installe avec mes notes de stage, un paquet de gressins et du thé glacé à la pêche parce que je le vaux bien et qu'il faut bien ça pour avaler ce genre de lecture indigeste. Et je tombe sur le premier cours avec les premières. Qui, soit dit en passant, suivait celui des Terminales (cf article plus bas).

Flash back: quelques mois en arrière. La salle de classe, ce parquet infâme, ce tableau atroce et cette croix.... Ma foi, mieux vaut  ne pas s'exciter dessus. La prof, cet ange de patience et de dévouement, qui me dit d'un ton déjà exténué: "tu verras ils sont un peu grandes gueules...J'ai eu beaucoup de mal avec eux au début, j'y allais vraiment avec un noeud dans le ventre... Mais maintenant, ça va un peu mieux. On verra à ce moment là, mais tu pourrais peut être leur faire un cours..."

...ou pas.

Ils arrivent, au compte goutte, bien sûr, avec cette nonchalance qu'ils pensent distinguée. Qu'ont ils de si terrible? Ils n'ont pas l'air très dégourdis. Un deuxième groupe arrive, avec en tête, un mini-Adonis blond comme les blés, sourire de tombeur accroché à des lèvres parfaitement ourlées surmontées d'une paire d'yeux bleus romantiques en diable. Casanova entre d'un pas conquérant dans la salle de classe, pectoraux en avant, subtilement tendus d'un pull (Ralph Lauren? en tout cas, certainement pas C&A...) vert prairie mettant en valeur, pense t-il, ses yeux couleur océan. Tant de naïveté est si touchant, qui oserait lui dire que les deux jurent atrocement?
Ce petit prédateur en herbe lance un retentissant Ciao come sta? et, toujours aussi gracieux, va s'assoir lourdement à sa table, sourire ravageur toujours plaqué sur la bouche.

Qui s'élargit quand entre enfin le dernier groupe, composé de filles. Et qui finit par faire trois fois le tour de sa tête, bien faite, mais passablement vide, lorsque sa ravissante voisine pose délicatement ses fesses moulées de Levis sur sa chaise. Défaisant la fermeture éclair de sa veste en cuir (on a la classe ou on ne l'a pas), elle montre un débardeur que personne ne porterait en cette saison sous peine  de contracter immédiatement la Grippe A (on est en mars). Il semble faire de l'effet, Don Juan des bacs à sable louche immédiatement dessus avec une telle intensité que c'est un miracle si il n'est pas encore atteint de syphylis.

Le cours commence, et tout de suite, ce n'est qu'une immense farce. La pauvre enseignane passe d'un table à l'autre essayant d'expliquer les exercices, sans s'aperçevoir que derrière son dos, se joue une scène digne d'un roman de Sade. La libido forcenée adolescente a un visage... Et elle a choisit sa victime, qui n'a aucune chance. Ce sadique développe sa panoplie complète, la pauvre enfant est perdue. Elle ne peut résister à la brûlure de ses yeux bleus qui semblent la mettre à nu. A coups de paroles, de gestes, de regards, tour à tour il la caresse, et la torture, enfin, joue avec elle au point de n'en laisser qu'une carcasse que seul un lambeau de dignité retient de succomber. Il l'achève d'un dernier coup d'estoc en l'embrassant sur la joue à la fin du cours. C'est fini.

Quelques jours plus tard, je revis le couple, le lion et l'agneau. Et me demandai qui avait inversé les rôles à ce point. La pauvre vierge éffarouchée était de toute évidence bien plus expériementée qu'elle ne laissait penser, et le lion semblait avoir perdu tout superbe: la crinière lâche, les yeux ternes, le visage ravagé, il la couvait d'un reagard... mais oui d'un regard énamouré.
Le lion est il tombé amoureux de l'agneau? Qu'il est maso ce lion...

Les tourments adolescents... Ou comment Sade s'est retrouvé sous la coupe de Sacher-Masoch.

Vendredi 10 avril à 19:30

3H30 passées à taper un rapport de stage, fait dans un lycée auprès d'un prof. d'italien, ça frustre. Surtout quand le stage en question fut une vaste plaisanterie, destinée à obtenir une note en fin de semestre, l'enseignement n'étant pas un projet professionnel envisageable pour moi. Ce dégoût se doit d'apparaitre dans le rapport, mais exprimé d'un ton politiquement correct. Et là, je n'en peux vraiment plus. Je suis sensée mettre au propre mes notes sur chaque niveau observé (terminale, seconde, première). Le problème est que chaque page commencée tourne en pamphlet contre les terminales, les ados, le privé et j'en passe. Exprimer ici ma frustration me semble être une bonne alternative.

The happiest days of our lives, album The Wall. La chose est connue de tout lycéen qui se respecte (surtout Another Brick... 2), ainsi que tout amateur de musique (je sais que cette dernière remarque va en faire rire certains qui connaissent le carnage qu'est ma culture musicale, mais oui, même moi je connais.)

Ce que vous ne savez peut être pas, c'est que cette chanson si innovante est complètement fausse.
There were certain teachers who would hurt the children in any way they could.  Aha. C'était peut être valable en 79, maintenant, c'est dépassé.

Il faut dire que je fus un peu maso, je suis allée dans le privé.

Imaginez un gros, très gros bahut (dont je tairai le nom), collège et lycée réunis, qui vous écrase de sa masse imposante lorsque vous en frachissez le portail. Vous vous sentez encore plus petit (et dans mon cas, ça tient de l'exploit) lorsque vous vous pointez dans le hall, grande pièce orange-pêche, entièrement dédiée à la gloire de cette noble institution.

Panique.

Premier cours : les Terminales. Un petit groupe de sept, cinq filles et deux garçons. Qui semblent débarquer tout droit de StylePlanet. Le port de l'uniforme n'est pourtant plus en vigueur, pourquoi diantre se ressemblent-ils tous ? Sacs Longchamps pour les filles, chaussures pointues pour les garçons et franges et veste en cuir pour tous.

Re-panique.

Qui s'accentue quand vous rentrez dans la classe, meublée à l'ancienne : tableau noir et estrade qui surplombe la salle ; posé dessus : le bureau du prof.  Accrochées au mur à côté du tableau, deux petites barres perpendiculaires nous fixent : mesdemoiselles, messieurs, la leçon se déroulera sous l'oeil scrutateur (voyeur ?...) de notre Saint Père. Même si une envie de lâcher un FOUTREDIEU retentissant vous prend, contenez vous, car ces gosses qui vous fixent de leurs yeux mornes (de ce que vous pouvez en voir derrières les franges en tout cas) seront peut être vos élèves.

Début du cours. Cinq minutes suffisent pour comprendre qu'ils ne sont qu'une bande d'amorphes mollusques, plaintifs et poussifs. Ils viennent de passer un oral blanc, qui s'est avéré mauvais dans les meilleurs cas et catastrophiques dans les pires. " Nan, M'dame, il m'a fixé comme ça sans rien dire quand j'avais plus rien à dire, l'est sadique quoi.." "Je sais M'daaaaaame, mais j'avais appris et tout mais y m'a posé des questions que je ne connaissais pas...l'est pas cool, Madame."  "Hey, M'dame c'est pas juste,y m'a dit que c'était pas mal et y' m'a foutu 11 c'est pas juste quoi"... "M'dame, on va bosser plus l'oral hein en cours?" "Bah oui, faudra qu'on soit bien entrainés..."

Et ce pendant une heure. On se mord les joues pour ne pas éclater de rire. Ce ne serait pas charitable. Pas dès le premier jour.

Le niveau général est si lamentable que la prof, généreuse et pleine de bonne volonté la pauvre âme, décide de prendre sur son temps libre pour instaurer une heure de soutien le mercredi à 13H, afin de mieux les préparer. Tollé général: untel ne peut pas venir, unetelle non plus. Jessica, jolie fille aux cheveux châtains, yeux bleus et teint de poupée en porcelaine, lève le nez, pousse la fange et  fronçe le nez en déclarant d'une petite voix désolée: "Je vais pas pouvoir venir non plus, M'dame, j'ai une leçon particulière de cheval..."

Au fond de la classe trône le Seigneur des Glandeurs (nan pas celui de la croix, suivez un peu que Diable!), j'ai nommé: John ( de son vrai nom A. et je n'en dirai pas plus...). L'annonce d'une telle catastrophe semble faire sortir l'ado dégingandé de sa léthargique méditation. Le penseur avachi contre le mur, tel un Rodin moderne, ouvre les yeux, lève la frange (regard de braise oblige...), déploie son charme inné d'ado boutonneux et pas très vif, et, menton en avant, lâche d'un ton hautain et péremptoire: "Madame, je ne pourrais pas venir mercredi non plus." *Interrogation découragée de la prof.*  "Oui, j'ai golf et ça coûte 17 euros la scéance, je ne peux pas me permettre d'en rater une." Ah.

There were certain teachers who would hurt the children in any way they could
? Je dirai plutôt : Hey! Children! Leave the teachers alone!

Tudieu que ça fait du bien. Que personne (joueur de golf, cavalier, ou tout simplement ado à frange) ne se sente visé, je ne fais que profiter de l'effet cathartique occasioné par l'expression en public de mon dégoût pour l'enseignement. Je crains que vous ne devrez vous y faire, seule l'introduction du rapport est écrite pour le moment, et j'ai près de quarante pages à pondre....

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