Bien qu’étant toujours persuadée que les talons ont été inventés par des hommes dans le seul but d’empêcher leur femmes de les poursuivre quand elles les surprenaient au lit avec leur maitresses, je commence peu à peu à me dire que c’est bien joli en fin de compte et que j’aime le look que cela donne aux filles. Je me suis donc mise à en porter, ou du moins à essayer, la période la plus longue où j’ai dû les supporter étant un mariage. Je me suis finalement décidée à les mettre pendant toute une journée et l’opération fut un franc succès. Aucune cheville tordue ou cassée, et surtout aucun vautrage dans les flaques ou pire, dans les escaliers, ce qui aurait pu être très embarrassant puisque que je portais également une robe.
On en parle 5 minutes, de la robe ?
Les jupes (et les robes) ont évolué selon les périodes, en s’adaptant aux circonstances et à l’évolution des mœurs. De fil en aiguille si j’ose dire, on arrive ainsi à la mini-jupe, la fameuse minijupe. Considérée comme indécente par nos bons vieux réac’ et de ce fait vue comme délicieusement scandaleuse par la jeunesse délurée, elle a révolutionné notre vie et notre façon de nous habiller. Qui n’aime pas sentir la douce brise d’été lui chatouiller les gambettes sur la plage ? Et plus besoin de retrousser le jean jusqu’à mi-mollet qui te donne un look de pêcheuse à la moule, faut dire ce qu’il y est. Bref, pour certains, la (mini)jupe est jolie, sexy, pratique même dans certaines circonstances. Mais ce qu’on oublie de dire, c’est les jupes, robes et autres sont en fait de vrais pièges à connes eh oui Mesdames (et Messieurs).
Prenons une fille lambda, toi par exemple. Tu portes des pantalons à longueur d’année, des larges, des moulants, des jeans qui sont fins, longs, courts, droits, straights (pourrait-on me dire la différence d’ailleurs ? Dans ma vie, straight veut dire droit, mais peut être me suis-je plantée de planète), des larges, des pattes d’eph’, des boot cut, des slim, des skinny, des archi-skinny (à ce stade, tu as par ailleurs les cuisses et les fesses liftées, toutes mes félicitations, tes capitons de cellulite sont sans doute en train de fusionner avec ta chair grâce à la contention), des taille haute, très hautes, moyenne, basse, très basse (voire inexistante).
Bref, un jour, sans trop savoir pourquoi, tu décides de mettre cette robe que tu t’es achetée il y a un bon moment. C’est une chouette robe, dont les deux pans se ferment comme un kimono, et dont la longueur parfaite (un peu au dessus des genoux), ne te tasse pas, ne te fait pas de gros mollets, parfaite on te dit. Tu peux marcher d’un pas vif et conquérant (en théorie), genre femme d’affaire ou étudiante pressée. Ce que tu ne sais pas, c’est que, quelle que puisse être la longueur de ta jupe ma chérie, si tu la portes avec des talons que tu n’as pas l’habitude de mettre, tu vas ramer comme une galérienne pour marcher, monter les escaliers, courir ect en bref te déplacer (et je ne parle même pas de te relever quand tu te seras assise (vautrée ?)) par terre.
Oublie tout ce que tu pouvais faire quand tu portais un jean : t’asseoir en lotus sur ta chaise, ou te percher avec un minimum de grâce sinon d’agilité sur une chaise de bar, tout ça c’est fini, terminé. Et tu te rappelles de ce superbe jeté de jambes-tout-en-tournant-sur-tes-fesses, genre danseuse hip hop débutante que tu avais lorsque tu devais passer par-dessus une table que tu ne pouvais pas contourner ? Tu l’oublies aussi. Si tant est que tu zappes, l’espace d’un instant, que tes fesses ne sont pas moulées dans du denim mais dans un espèce de nylon suprêmement inconfortable et recouvertes de tissu qui « se balance avec fluidité et légèreté sur tes hanches » (pardon, te fait passer pour une exhibitionniste au moindre coup de vent), les éclats de rire et les commentaires des gens qui étaient aux premières loges du « défilé de lingerie saison 98-99 » (oui, tout le monde n’a pas un tiroir à sous-vêtements qui ne se vide jamais : certains jours, tu dois mettre les culottes réservées aux périodes dites « d’indisposition ») se chargent de te le rappeler. Si jamais tu parviens à exécuter cette figure sans trop te ridiculiser, ta longueur de jambe absolument risible fait s’arrêter tes pieds élégamment talonnés à mi-chemin entre le bord de la table et le sol, t’obligeant ainsi à te tortiller comme une gosse de 5 ans qui a envie de faire pipi pour te mettre debout (parce qu’il est bien entendu hors de question de sauter sous peine de voir le tissu remonter plus haut que la décence ne l’autorise dans un lieu public). Enfin, tu ruines ainsi les efforts durement soutenus pour mener à bien la première phase de l’opération.
Un vrai piège à connes vous disais-je, dont je confesse être la première victime. Je n’ai aucune grâce, aucun équilibre, mais un esprit influençable par toutes ces conneries de mode, voilà pourquoi je me retrouve en robe et perchée sur 5 centimètres de talons en dépit du bon sens. Être une fille, ça craint, pensais-je, alors que j’attendais le bus, frileusement accrochée à mon parapluie, les voûtes plantaires écrasées et les mollets frissonnants à cause du vent et de la pluie.
Jusqu’à ce qu’un charmant jeune homme me laisse la place sur le banc de l’arrêt pourtant surchargé de monde. En entrant dans le bus, un deuxième tout aussi charmant me fait un grand sourire ponctué d’un regard sans équivoque sur mes guibolles pourtant bien malmenées… et ça me fait ma journée. Pour l’honneur d’un tel regard qui fouette le sang, je me concentre pour ne pas me vautrer, rentre le ventre, serre les fesses et arrache à mon âme exténuée un dernier sourire subtilement mystérieux adressé à la jolie tête brune en puisant dans les tréfonds de ma réserve de bonne humeur, pour finalement sortir triomphalement du bus la tête haute et victorieuse en me disant que finalement, juste pour un sourire et un regard appuyé, tout ça valait le coup. J’ai osé, j’ai enduré, j’ai gagné.





