Mardi 23 mars à 1:38

(Pour les plus courageux qui voudraient reprendre depuis le début ou ceux qui ne suivent plus, voir les Chapitre I, II, III, IV ici)

Totalement sonné, David sorti précipitamment de la salle, récupéra son casque et sauta sur sa moto. Non, c’était trop il ne pouvait pas. Il se sentait comme possédé par son regard, son aura troublante de séductrice qui naissait sous  l’enveloppe délicate de femme-enfant. S’il était resté, il n’aurait pu se contrôler. Et cela, il ne le voulait pour rien au monde. Car cet homme meurtri par les femmes qui l’avaient désiré mais sans l’aimer ne s’estimait pas digne d’une telle créature. Il savait qu’il avait ce côté sombre, une noirceur d’âme qui attirait les assoiffées avides de relations à sensations fortes qui tiraient vanité de pouvoir posséder son corps et son âme, mais sans jamais se laisser aimer. Il ne pouvait pas laisser s’exprimer ce côté noir en public, ce qui en faisait un cavalier des plus courtois, charmant, attentif et galant. Ses conquêtes se flattaient de l’avoir à leurs pieds, et il acceptait cette situation car elle lui permettait de brider sa passion sauvage. Mais elles n’étaient pas conscientes que, pendant une toute petite seconde, il les avait en son pouvoir : l’instant clé où, éperdues, elles le laissaient les mener à l’apothéose était sa vengeance personnelle sur ces prédatrices, qui attendaient, suppliaient même qu’il leur fasse atteindre l’ultime jouissance. Son côté obscur se délectait ainsi de voir ces femmes se soumettre ainsi à son bon vouloir ; martyres lâchées en pâture à l’Extase dans l’arène de la passion charnelle, elles imploraient la délivrance que seul un César pouvait leur accorder. La brusquerie dont il avait fait preuve avec Kate le soir de leur rencontre était un bon exemple de ce dont il était capable dans ses pires moments, c’est pourquoi il s’enfuit avant de commettre l’irréparable une seconde fois.

            Il marcha un long moment, seul et désemparé et se retrouva sur les quais sans trop savoir comment. Hagard, il les arpentait, le visage exalté de Kate imprimée sur sa rétine, les mains agitées de tics nerveux. Cette situation n’était plus supportable, il devait prendre une décision. Il ne pouvait plus l’ignorer, il ne pouvait plus faire comme si elle n’avait pas changé sa vie. Lui le beau parleur, toujours  l’aise avec les femmes, toujours en quête du grand amour et se donnant les moyens de le trouver, savait être tombé dessus au hasard d’une rencontre, mais était incapable de se déclarer. « Du moins pas en direct », pensa t’il. « Je pourrais trouver une autre façon de lui prouver mon amour. Internet… Il devrait être possible de dénicher son adresse mail quelque part, son adresse professionnelle sûrement… ». Revigoré par cette décision, il se leva du banc sur lequel il était resté assis toute la nuit, les yeux dans le vague, son casque de moto posé à côté de lui, caricature de présence humaine sensée lui faire croire qu’il n’était pas seul au monde. En repartant vers son cabinet, il fit rugir le moteur comme un cri de victoire dans l’air froid de la ville s’éveillant à l’aube.

            Une fois arrivé, il se connecta à Internet et après quelques minutes de recherches, il parvient à trouver son adresse postale ainsi que son adresse mail professionnelle. Il eut un coup au cœur en avisant qu’elle travaillait dans la même rue que lui. Mais son rendez-vous de 8h30 était là avec son chien de la taille d’un veau, et la paire étant plutôt impatiente, il résolut de mettre de côté tout tracas sentimental afin de se concentrer sur son travail. Il soigna des animaux toute la journée, rassura des maîtres paniqués, en consola d’autres tristes d’apprendre la fin proche de leur compagnon, et réussit à ne presque pas penser à elle.

            A 18h, il ferma son cabinet, éteignit les lumières et rentra chez lui. Il habitait un petit appartement à deux pas de son travail. Sa vie de célibataire avait au moins un aspect agréable : il pouvait meubler son chez lui comme il l’entendait. Des bibliothèques tapissaient les murs de son salon, un écran plat et un lecteur DVD étaient discrètement placés dans un coin de la pièce, face à un divan d’une taille fort respectable. Une cuisine américaine, une chambre en suite et une pièce bureau complétait l’ensemble. Les murs étaient peints en blanc, et même si quelques cadres décoraient les pièces, le tout montrait tout de même les signes d’un emménagement précipité d’un célibataire qui ne rentrait chez lui que pour dormir et manger.

            Il s’étala de tout son long sur le divan, prit son ordinateur portable sur ses genoux et se concentra pour écrire un petit texte d’une dizaine de lignes qu’il envoya, après une longue hésitation, à l’adresse mail de Kate. A la fois soulagé et inquiet, il se coucha, et pour la première fois, les yeux flamboyants de la jeune femme ne le hantèrent pas, ne firent pas naître la brûlure de l’intense sentiment de culpabilité qui le consumait depuis leur rencontre, mais au contraire furent comme la tendre caresse de l’amante sur son âme fatiguée et meurtrie.

           


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(Vous ne trouvez pas qu'elle a une tête de défoncée la dessus?)

Catégorie : Harlequin

Mardi 9 février à 22:35

(Si vous avez raté le début, voir ici)
       

Mais Marc n’était pas seulement un homme intuitif, c’était aussi un opportuniste. Et ce fût cette qualité (ou ce défaut, selon les points de vue) qui fit germer une idée lumineuse dans sa belle tête. Il courut après Kay et la rattrapa alors qu’elle sortait du cabinet. Etonnée, puis reconnaissante, elle accepta la proposition qui lui fit.

             Vêtue d’un peignoir de soie noire, cadeau de sa sœur affectionnée, mais délurée, Kay se désolait devant sa garde robe, non décidément, rien ne convenait. Que devait-on mettre pour aller à un concert de rock ? Elle n’avait aucune expérience en la matière, jeune femme introvertie, elle ne sortait que rarement et évitait au maximum les bains de foule, ce qui lui avait valu une profonde solitude à l’université. Les seuls concerts auxquels elle avait assisté avec son ex-mari étaient des concerts de musique classique, ou des évènements caritatifs, privilèges dus à sa situation sociale et professionnelle dont elle se serait bien passée. Elle rejeta plusieurs tenues, et découragée, s’assit sur le bord du lit.
« Les talons aiguilles sont exclus, question de bon sens… . Alors quoi ? Jupe en cuir ? Jean ? Tailleur ? Et en haut… il va faire chaud, un débardeur… Ciel, je suis en retard ! » Elle attrapa un jean, un t-shirt et une chemise, sa besace et se rua dehors, où Marc l’attendait depuis dix minutes déjà. Gentleman jusqu’au bout des ongles, il ne lui fit aucune réflexion et la complimenta sur ses boucles d’oreilles.
            En chemin, il lui parla du groupe qu’ils allaient voir, « un peu violent, mais spectaculaire » lui dit-il. Lorsqu’ils arrivèrent dans la salle bondée et étouffante, la première partie avait déjà commencé, et les gens continuaient d’affluer. Bientôt, ils se retrouvèrent coincés parmi d’autres spectateurs. La température semblait augmenter de minute en minute, et bientôt,  tout le monde fut en T-shirt ou débardeurs.

            Kay observait la salle qui commençait à se mouvoir avec la musique, la chanteuse sur scène qui s’époumonait pour eux et les musiciens qui semblaient presque en transe. Peu à peu, la chaleur, la fumée et la musique excita le public, les gens semblaient se rapprocher, chercher le contact. A sa grande surprise, Kay appréciait cette ambiance. Elle leva les yeux vers Marc, qui, sentant son regard, quitta des yeux la scène et la regarda à son tour, avec un léger sourire au coin des lèvres. Immédiatement, elle eut la conscience aigue de ce dont elle avait l’air. Ses longues mèches brunes pendaient, désordonnées sur ses épaules nues et recouvertes d’un léger voile de transpiration, ses lèvres rouges d’avoir été trop mordues et ses grandes prunelles sombres semblaient presque liquides de langueur… . La foule s’échauffait, s’énervait de plus en plus et Kay sentait grandir en elle une excitation et une chaleur dont elle ne saisissait pas l’origine.

            Les lumières se rallumèrent à la fin de la première partie, et, étourdie et assoiffée, elle se jeta sur la bière que lui offrit Marc. Ils discutèrent un moment, puis se turent lorsque l’obscurité se fit dans la salle. « Tu verras », lui glissa t-il, « la chanteuse est extraordinaire ». Un silence de cathédrale se fit lorsqu’elle apparut sur scène, éclairée par derrière grâce à un seul projecteur. Sa silhouette se découpa, immobile et magnifiquement érotique. Toute en formes assumées et même magnifiées, la jeune femme semblait une ode à la vitalité et à l’érotisme. Elle commença à chanter, et immédiatement, toute la salle fut transportée par sa voix grave et son dynamisme. Bientôt, les morceaux se confondirent pour ne former qu’un amalgame de sons qu’elle menait de sa voix rauque et puissante. Elle s’empara de la scène avec une facilité déconcertante, et bientôt, les instruments ne furent plus que les chevaux d’un attelage qu’elle dirigeait d’une main de fer. Capricieuse et fantasque, elle se rapprochait d’eux, dansait avec les uns puis les autres, se lassait de chacun pour mieux y revenir ensuite. Sonnée, Kay la regardait vibrer, admirait son corps se tordre sous les caresses des notes, incroyablement sensuel et splendide d’impudeur. Elle représentait tout ce que Kay n’était pas, et tout ce qu’elle aurait aimé être, une femme et non plus une créature charmante toute en fossettes. Peu à peu, elle sentit la chaleur de la foule, elle prit conscience des corps qui l’entouraient et la compressaient, son excitation monta encore et encore à mesure que la multitude s’énervait, innocente victime torturée par ses désirs éveillés par la concupiscence de la chanteuse qui se jouait des tourments de ses admirateurs, et Kay n’était qu’un martyr parmi les autres. Son corps se balançait en rythme avec la musique, copiant les mouvements et les courbes décrites par celui de la chanteuse, ses yeux se mirent à briller, sa poitrine se soulevait et s’abaissait, elle haletait, ses yeux balayèrent la salle et rencontrèrent le regard bleu lagon de… David.

             Incrédule, étourdi et comme assommé, il la contemplait et ne pouvait croire ce qu’il avait devant les yeux. En l’espace d’une semaine à peine, elle était devenue d’une sensualité incroyable, un poème à la volupté. Ils se rapprochèrent, l’électricité qui régnait dans la salle semblait se concentrer entre eux, sans un geste, sans un mot, ils se déshabillèrent du regard, se caressèrent et s’aimèrent. Derrière eux, la chanteuse atteignait la jouissance ultime sur une apothéose de notes aigues.

Catégorie : Harlequin

Vendredi 22 janvier à 21:20

 (Suite du mercredi 9 décembre, Harlequin II: Temps suspendu.)

Plusieurs jours s’écoulèrent et Kay, anxieuse à l’idée de croiser le ténébreux David en allant à son cabinet d’avocat (il venait de s’établir dans sa rue en tant que vétérinaire), ne cessait de prendre des chemins détournés pour l’éviter au maximum. Dans l’ensemble, sa petite combine marchait, une fois seulement elle l’avait aperçu, sortant de la pharmacie, dans une avenue voisine. Elle s’était alors empressée de se cacher dans une encoignure de porte. Elle avait bien conscience que son manège était ridicule, mais elle ne pouvait pas s’en empêcher, tant la crainte de le revoir la tenaillait. Elle sentait encore les mots durs qu’il avait eus lors de cette fameuse soirée, son ton arrogant et blessant avait été comme un soufflet sur son âme fragile et délicate de jeune femme récemment divorcée. Mais un regard avait suffit pour qu’il la possède tout entière, et bien qu’elle susse que penser à lui ne faisait qu’attiser la douleur, son visage, ses yeux et la brève étreinte qu’ils avaient eu revenaient sans cesse dans son esprit ; sans fin et sans se lasser elle se repassait le film de ces quelques secondes qui l’avaient changée à jamais.

C’est ainsi qu’elle s’efforçait de vivre sa vie comme elle l’avait toujours fait, calmement mais avec dans le cœur, un trou creusé par la conscience aigue d’une profonde solitude. Elle allait au bureau tous les jours, se penchait sur les cas les plus difficiles, plaidait et constituait des dossiers à l’infini, recevait des clients, bref s’investissait autant qu’elle l’avait toujours fait dans son travail d’avocate, en dissimulant sa tristesse sous un masque de professionnalisme.
            Marc, son associé et meilleur ami, magnifique homme blond aux yeux verts émeraude, sans cesse poursuivi par un bataillon de créatures sublimes rêvant de se pendre à son cou, mais irrémédiablement fou amoureux d’un bassiste avec qui il vivait depuis une dizaine d’années, avait bien remarqué sa mélancolie. Jusque là elle avait toujours réussi à esquiver ses questions, mais ce jour là, elle sentit qu’elle ne pourrait plus lui échapper.

Il lui demanda d’un ton péremptoire de venir le voir dans son bureau, et refermant la porte derrière elle, lui proposa un café, qu’elle refusa. Après quoi, il s’assit en face d’elle dans un des confortables fauteuils qui meublaient la pièce.

« - Ma chérie, vas-tu te décider à me dire ce qui ne va pas ? Depuis ta fameuse soirée chez Clara, je te sens préoccupée, tu as confondu les dossiers de Mr Danton et Mr Keller tout à l’heure, ça ne t’était jamais arrivé auparavant… .

- Mais tout va bien Marc, je t’assure, je suis très heureuse… .» Sa voix se brisa sur les derniers mots, et à sa grande honte, elle fondit en larmes.

« -Qu’est ce qui se passe enfin  mon petit chou ? Oh… Tu as rencontré quelqu’un, n’est ce pas? »

Un sanglot lui répondit, au milieu duquel il parvint à saisir un oui étouffé par les larmes.

 -« Eh bien, mais c’est merveilleux, ça ? Je me demandais quand tu allais enfin… Mais pourquoi pleures-tu ?

- Je… Oh Marc, il… est… Je ne le connais pas, lui non plus, nous nous sommes regardés, je suis tombée sur son champagne, il m’a rattrapé et ses mains étaient d’une douceur incroyable lorsqu’il m’a touché, il paraissait si dur, si viril et pourtant si vulnérable avec sa mèche et son regard d’enfant blessé… . Mais à ses mots, j’ai bien vu que je ne l’intéressais pas, je suis trop insignifiante, il fut si blessant… . Je sais que c’est une erreur de penser à lui comme ça, je suis stupide de rêver sur un parfait inconnu, mais il s’est installé dans notre rue, en face, il a ouvert un cabinet de vétérinaire, depuis, chaque jour est une épreuve pour ne pas le croiser, et chaque nuit une torture,  son visage flotte devant mes yeux, et je m’endors avec son image sur la rétine. »

Il y eut un silence, durant lequel le jeune homme la considéra d’un œil bienveillant, avec un léger sourire au coin des lèvres. « S’il est dans le coin, rien n’est encore perdu, » pensa t-il. Car il rêvait de voir son associée enfin heureuse avec un homme. Celui là, il le sentait, avait laissé son empreinte chez elle, et elle ne pourrait jamais s’en débarrasser. Déjà il la trouvait changée, sous sa tristesse et son professionnalisme un parfum envoûtant de femme modelée par les affres de la passion se dégageait : sorte de Galatée moderne, elle prenait vie sous les douloureuses ciselures de l’Amour, son Pygmalion. Oui, quoi qu’il se puisse se passer avec cet homme, elle en sortirait différente.

            Mais parce qu’il n’était pas seulement observateur, mais aussi ami, Marc se fit le serment d’aider Kay à trouver cette paix intérieure, à atteindre une plénitude que seul un homme comme ce David pourrait lui apporter. Car il était certain que le coup de foudre avait été réciproque. Malgré sa jeunesse, il possédait une certaine intuition de ce genre de chose, et il doutait fortement que la réaction violente de David ait été mue par le dégoût plutôt que par un amour non assumé. Aucun homme ne prend la peine de serrer une femme contre lui pour la repousser brutalement ensuite. Non ces deux là s’étaient plus, aimés même, et désirés au premier regard, il le savait. Restait maintenant à faire en sorte qu’ils s’aiment pour le reste de leurs vies… .

            Armé de cette certitude, il consola la jeune femme à grand renfort de silences compréhensifs entrecoupés de paroles rassurantes et d’étreintes fraternelles. Les yeux rouges, elle le quitta au bout d’une heure et en sortant, il lui sembla que le trou dans son cœur avait commencé à se remplir un peu.

Catégorie : Harlequin

Mercredi 9 décembre à 20:41

 Elle s'imprégna des détails de son visage: le front haut barré par une mèche de cheveux bruns, les yeux bleus lagon, les lèvres indécemment érotiques vues de près, il représentait la beauté mâle incarnée. Avançant la main pour saisir la flûte qu'il lui tendait, elle trébucha et tomba droit dans ses bras. Choquée, elle voulut se redresser et levant la tête, elle rencontra deux pupilles d'un bleu intense et pur. Alors le monde s'effaça, il était devenu son soleil, et elle sut que si il l'avait demandé, elle se serait laissée consumer à l'instant même. Mais la flûte de champagne tomba, produisant un son cristallin qui la fit sortit de sa torpeur. Elle prit conscience des mains fermes qui la soutenaient au creux des reins et se déplaçaient légèrement, comme si elles cherchaient à appendre la courbure de son dos. Retrouvant son équilibre en s'appuyant sur son torse dur et viril, elle frissonna violemment, et, l'âme et le corps en feu, elle s'écarta de lui:
-"Excusez moi, j'ai trébuché, je suis désolée pour votre champagne, laissez moi..."
-Quand on ne sait pas se tenir sur des talons, on n'en met pas."
Le ton rogue la secoua, les yeux noirs s'agrandirent. Foudroyée, elle fit demi tour en hâte et s'éloigna dans la foule.

Il la suivit des yeux, hagard et sonné. Elle lui avait retourné le coeur, et pourtant, il n'avait pas su le lui faire comprendre. Pourquoi s'être montré si grossier, quel idiot! Il restait là, les bras ballants, attendant que la tempête en lui ne s'apaise. Il regarda ses mains qui, il le sentait, gardaient la trace de leur étreinte; moment volé avec jouissance au cours duquel son dos lui avait parlé. Le souvenir de ses petites mains légèrement posées sur son torse le fit frémir. Il avait senti son trouble, son envie, et son amour pour elle grandit encore à mesure que lla colère le prenait face à son attitude. Il avait vu les yeux s'agrandir, la peine marquer son visage jusque là illuminé par le désir. Horrifié, il avait voulu rattraper ses malheureuses paroles, mais elle s'était enfuie.
A présent, crucifié, il contemplait les ruines de son amour qu'il venait de détruire d'un mot désagréable envers celle qui était maintenant toute sa vie.
Qui sait quand il la reverrait maintenant?

La soirée continua néanmoins. Elle fit tout pour l'éviter, mais il hantait ses pensées. Cherchant à en savoir plus sur lui, elle se renseigna auprès de son amie Clara, en l'honneur de qui était donnée la soirée. Bien que surprise, elle l'informa qu'il s'appelait David, sortait d'une rupture et était vétérinaire, récemment installé dans sa rue, en face de son bureau. "Mais, Kay," ajouta t-elle, "fais attention à toi. Quand il aime, c'est pour de bon. Je vous ai vu tout à l'heure... . Vous iriez si bien ensemble, mais je ne voudrais pas que tu prennes peur après ton mariage et ce qui s'est passé...". Kay la rassura d'un sourire. Elle quitta la fête l'esprit en ébullition, sans avoir revu le ténébreux vétérinaire.

Qui faisait tout pour ne pas la croiser. Il n'avait pas pu s'empêcher de la suivre discrètement, fasciné par le balancement de son corps alors qu'elle évoluait dans la foule. Il avait accidentellement entendu ce que Clara venait d'annoncer à son amie. Tout son être frémissait d'expectation.
Kay... Inlassablement, il se répétait son prénom, le faisait rouler sur sa langue. En un souffle d'une pureté et d'une douceur extrême, il le prononça une dernière fois, et se fit le serment de rattraper son erreur.

Faire de leur histoire un hymne à l'amour.



 

Catégorie : Harlequin

Mardi 1er décembre à 23:07

D'un regard, elle avait su. A travers cette pièce bondée, sa tête brune était apparue, et immédiatement, elle avait compris qu'il serait l'homme de sa vie. Le coup de foudre, elle n'y croyait pas, jusqu'à LE rencontrer. Mais durant cette soirée, un cocktail donné en l'honneur des fiançailles d'une de ses amies, alors qu'elle s'ennuyait à mourir dans sa robe de soirée noire lamée d'argent, son entrée lui fit l'effet d'un tremblement de terre dans sa paisible vie, jusque là exempte de tout homme depuis son terrible divorce avec Alan, qui l'avait laissée dans une profonde déprime. Homme opportuniste, il l'avait  trompée avec sa chef, puis elle l'avait surpris avec sa soeur, dans leur nouvelle baignoire... Ce qui avait donné lieu à une scène des plus désagréable. Un frisson lui parcourut l'échine en y repensant.... "Je suis désolé, chérie, mais c'est elle que j'aime... Je ne suis pas fait pour toi, va t'en loin de moi, je ne te ferai que du mal..." Il n'avait même pas été capable de lui donner des explications cohérentes.

Mais cet homme allait tout changer, elle en avait l'intime conviction. Il serait l'amour de sa vie, son nord, son sud, son ouest et son est. Celui qui la rendrait plus heureuse qu'elle ne l'avait jamais été.

Tout en se faisant ces réflexions, elle ne put s'empêcher de le dévisager. Des cheveux bruns brillants, un visage ardent, aux yeux sombres et mystérieux; une mâchoire volontaire encadrait une bouche aux lèvres bien ourlées et charnelles. Il était l'incarnation même de l'homme de ses rêves de jeune fille, puis de femme mal mariée.

Se secouant, elle se dirigea vers lui, deux flûtes de champagne à la main.


Il l'avait vue dès qu'il était entré dans le salon, gêné par son smoking qu'il n'avait pas l'habitude de porter. Il était impossible de ne pas la voir, tant elle illuminait la pièce. Elle lui rappelait cruellement Anita, qu'il avait aimé plus qu'aucune femme, croyait il. Elle l'avait quitté, pour partir avec Jack, son meilleur ami, quasiment son frère... Il ne l'avait pas revu depuis...
Le souvenir et le regret l'envahirent... . Elle était partie, un matin d'hiver glacé, après une discussion dont les mots restaient encore gravés dans la mémoire et dans sa chair. Il entendait sa voix... "Je me pose des questions depuis un moment, tu sais... Je crois que ce n'est plus comme avant, nous ne sommes plus sur la même longueur d'ondes... Mais ce n'est pas toi, c'est moi qui n'en peux plus...Tu es quelqu'un de formidable, sais tu. Je suis sûre que tu trouveras quelqu'un qui saura te rendre heureux.... Moi je ne le puis plus, je ne te corresponds plus. Je suis désolée... Je t'aime beaucoup, restons amis, tu veux...?" Il avait essayé, avait lutté de tout son être pour ne plus l'aimer, et s'en tenir au stade amical. Mais les sentiments étaient encore là, et il n'avait pu demeurer à ses côtés. L'âme en lambeaux, il s'était résigné à lui tourner le dos et à déménager. Aujourd'hui, il tentait de reconstruire sa vie et de rassembler les morceaux de son coeur, et n'entendait pas y faire entrer une nouvelle femme.

Mais ELLE.... Elle était différente de toutes ces autres femmes qui se jetaient sur lui en permanence, cherchant à posséder son corps plutôt que son amour... Elle semblait aussi perdue que lui, fragile, comme le montrait ses épaules crispées alors qu'elle flottait sur ses hauts talons. Son regard ne pouvait se détacher de cette femme, splendide dans sa robe lamée qui moulait ses hanches rondes. Son visage était adorable, tout en fossettes, surmonté d'une paire d'yeux noirs. Une petite cicatrice barrait sa pommette droite. Elle dégageait une sorte de sérénité, qui contrastait avec la crispation de ses épaules, et qui lui donnait envie de la prendre dans ses bras, l'emmener en voyage, la prendre dans ses bras, la rendre heureuse en fin de compte. Tout simplement. Lui parler et tout serait en ordre. Elle seule pourra achever le puzzle de son coeur, en être la pièce maîtresse qui manquait jusque là.

Attrapant une  flûte de champagne sur un plateau que lui tendait un serveur, il se dirigeait vers elle du pas souple et tranquille de l'homme qui sait qu'il sera aimé.

Ils se retrouvèrent face à face, se dévorèrent des yeux, et chacun se noya et renaquit dans le regard de l'autre.

A suivre.



 

Catégorie : Harlequin

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