Lundi 21 décembre à 0:48

Maman, à quoi elle pense la dame ?

On ne sait pas, mon chéri. Elle ne parle jamais.

Mais pourquoi est ce qu’elle ne dit jamais rien ?

Elle n’en a peut être pas envie.

Elle fait quoi quand elle ne parle pas ?

Elle pense à sa vie et à celle des autres.

C’est possible de faire ça ?

Mais oui. Tu sais, c’est une forme de distraction, ça évite de trop penser à sa propre vie, ça occupe l’esprit… Regarde une personne dans la rue, essaie de la deviner à travers ses vêtements, la façon qu’elle a de marcher, de parler, de regarder. Jette un oeil à cette dame par exemple: tu vois qu' elle regarde souvent droit devant elle, elle marche très vite, d'un pas très décidé comme si elle avait un but, et pourtant elle ne voit rien devant elle. Parce qu’elle est dans son monde elle ne veut pas observer ce qu’il y a autour d’elle quand elle marche, tu comprends ?

Oui. Moi, quand je serai grand, je ne serai pas comme ça. Je regarderai tout le monde, et je devinerai tout le monde. Je serai un médecin pour les gens qui regardent pas les autres gens.

C’est un peu plus compliqué que ça mon chéri, mais pourquoi pas… .

Pourquoi c’est plus compliqué ?

Je t’expliquerai ça un autre jour tu veux bien?

Oui. T’as le même prénom que la dame dans le film…

Quel film ?

Ben celui que tu regardais l’autre soir, là, avec le monsieur italien qui est soldat et qui passe un temps fou sur un toit de Manosque avec un chat.

Ah ! Oui, Le Hussard sur le toit.

Il faisait quoi sur le toit le monsieur ?

Il attendait.

Et la dame, tu crois qu’elle attend aussi ? C’est drôle, elle a l’air jeune et vieille à la fois. Elle a un manteau noir et un sac vachement coloré quand même. Elle est qui et elle attend quoi ?

Probablement le train de sa vie.

Comment tu le sais? Elle attend qu'il parte?

Non mon chéri, qu’il arrive plutôt, pour pouvoir le prendre et enfin partir avec. Et je le sais parce que j'ai été cette dame, il y a longtemps.

Ah, je comprends maintenant. Mais y’a pas quelqu’un qui peut l’aider à pas le rater ? C’est ce que font les maris non ?

Elle est jeune, je ne pense pas qu’elle soit mariée. Et elle à l’air d’être seule, mon amour.

Bah oui, je suis bête moi, ses maris, ils étaient dans celui d’avant qu’elle a loupé.

 

Catégorie : Slices of life

Mercredi 9 décembre à 20:41

 Elle s'imprégna des détails de son visage: le front haut barré par une mèche de cheveux bruns, les yeux bleus lagon, les lèvres indécemment érotiques vues de près, il représentait la beauté mâle incarnée. Avançant la main pour saisir la flûte qu'il lui tendait, elle trébucha et tomba droit dans ses bras. Choquée, elle voulut se redresser et levant la tête, elle rencontra deux pupilles d'un bleu intense et pur. Alors le monde s'effaça, il était devenu son soleil, et elle sut que si il l'avait demandé, elle se serait laissée consumer à l'instant même. Mais la flûte de champagne tomba, produisant un son cristallin qui la fit sortit de sa torpeur. Elle prit conscience des mains fermes qui la soutenaient au creux des reins et se déplaçaient légèrement, comme si elles cherchaient à appendre la courbure de son dos. Retrouvant son équilibre en s'appuyant sur son torse dur et viril, elle frissonna violemment, et, l'âme et le corps en feu, elle s'écarta de lui:
-"Excusez moi, j'ai trébuché, je suis désolée pour votre champagne, laissez moi..."
-Quand on ne sait pas se tenir sur des talons, on n'en met pas."
Le ton rogue la secoua, les yeux noirs s'agrandirent. Foudroyée, elle fit demi tour en hâte et s'éloigna dans la foule.

Il la suivit des yeux, hagard et sonné. Elle lui avait retourné le coeur, et pourtant, il n'avait pas su le lui faire comprendre. Pourquoi s'être montré si grossier, quel idiot! Il restait là, les bras ballants, attendant que la tempête en lui ne s'apaise. Il regarda ses mains qui, il le sentait, gardaient la trace de leur étreinte; moment volé avec jouissance au cours duquel son dos lui avait parlé. Le souvenir de ses petites mains légèrement posées sur son torse le fit frémir. Il avait senti son trouble, son envie, et son amour pour elle grandit encore à mesure que lla colère le prenait face à son attitude. Il avait vu les yeux s'agrandir, la peine marquer son visage jusque là illuminé par le désir. Horrifié, il avait voulu rattraper ses malheureuses paroles, mais elle s'était enfuie.
A présent, crucifié, il contemplait les ruines de son amour qu'il venait de détruire d'un mot désagréable envers celle qui était maintenant toute sa vie.
Qui sait quand il la reverrait maintenant?

La soirée continua néanmoins. Elle fit tout pour l'éviter, mais il hantait ses pensées. Cherchant à en savoir plus sur lui, elle se renseigna auprès de son amie Clara, en l'honneur de qui était donnée la soirée. Bien que surprise, elle l'informa qu'il s'appelait David, sortait d'une rupture et était vétérinaire, récemment installé dans sa rue, en face de son bureau. "Mais, Kay," ajouta t-elle, "fais attention à toi. Quand il aime, c'est pour de bon. Je vous ai vu tout à l'heure... . Vous iriez si bien ensemble, mais je ne voudrais pas que tu prennes peur après ton mariage et ce qui s'est passé...". Kay la rassura d'un sourire. Elle quitta la fête l'esprit en ébullition, sans avoir revu le ténébreux vétérinaire.

Qui faisait tout pour ne pas la croiser. Il n'avait pas pu s'empêcher de la suivre discrètement, fasciné par le balancement de son corps alors qu'elle évoluait dans la foule. Il avait accidentellement entendu ce que Clara venait d'annoncer à son amie. Tout son être frémissait d'expectation.
Kay... Inlassablement, il se répétait son prénom, le faisait rouler sur sa langue. En un souffle d'une pureté et d'une douceur extrême, il le prononça une dernière fois, et se fit le serment de rattraper son erreur.

Faire de leur histoire un hymne à l'amour.



 

Catégorie : Harlequin

Mardi 1er décembre à 23:07

D'un regard, elle avait su. A travers cette pièce bondée, sa tête brune était apparue, et immédiatement, elle avait compris qu'il serait l'homme de sa vie. Le coup de foudre, elle n'y croyait pas, jusqu'à LE rencontrer. Mais durant cette soirée, un cocktail donné en l'honneur des fiançailles d'une de ses amies, alors qu'elle s'ennuyait à mourir dans sa robe de soirée noire lamée d'argent, son entrée lui fit l'effet d'un tremblement de terre dans sa paisible vie, jusque là exempte de tout homme depuis son terrible divorce avec Alan, qui l'avait laissée dans une profonde déprime. Homme opportuniste, il l'avait  trompée avec sa chef, puis elle l'avait surpris avec sa soeur, dans leur nouvelle baignoire... Ce qui avait donné lieu à une scène des plus désagréable. Un frisson lui parcourut l'échine en y repensant.... "Je suis désolé, chérie, mais c'est elle que j'aime... Je ne suis pas fait pour toi, va t'en loin de moi, je ne te ferai que du mal..." Il n'avait même pas été capable de lui donner des explications cohérentes.

Mais cet homme allait tout changer, elle en avait l'intime conviction. Il serait l'amour de sa vie, son nord, son sud, son ouest et son est. Celui qui la rendrait plus heureuse qu'elle ne l'avait jamais été.

Tout en se faisant ces réflexions, elle ne put s'empêcher de le dévisager. Des cheveux bruns brillants, un visage ardent, aux yeux sombres et mystérieux; une mâchoire volontaire encadrait une bouche aux lèvres bien ourlées et charnelles. Il était l'incarnation même de l'homme de ses rêves de jeune fille, puis de femme mal mariée.

Se secouant, elle se dirigea vers lui, deux flûtes de champagne à la main.


Il l'avait vue dès qu'il était entré dans le salon, gêné par son smoking qu'il n'avait pas l'habitude de porter. Il était impossible de ne pas la voir, tant elle illuminait la pièce. Elle lui rappelait cruellement Anita, qu'il avait aimé plus qu'aucune femme, croyait il. Elle l'avait quitté, pour partir avec Jack, son meilleur ami, quasiment son frère... Il ne l'avait pas revu depuis...
Le souvenir et le regret l'envahirent... . Elle était partie, un matin d'hiver glacé, après une discussion dont les mots restaient encore gravés dans la mémoire et dans sa chair. Il entendait sa voix... "Je me pose des questions depuis un moment, tu sais... Je crois que ce n'est plus comme avant, nous ne sommes plus sur la même longueur d'ondes... Mais ce n'est pas toi, c'est moi qui n'en peux plus...Tu es quelqu'un de formidable, sais tu. Je suis sûre que tu trouveras quelqu'un qui saura te rendre heureux.... Moi je ne le puis plus, je ne te corresponds plus. Je suis désolée... Je t'aime beaucoup, restons amis, tu veux...?" Il avait essayé, avait lutté de tout son être pour ne plus l'aimer, et s'en tenir au stade amical. Mais les sentiments étaient encore là, et il n'avait pu demeurer à ses côtés. L'âme en lambeaux, il s'était résigné à lui tourner le dos et à déménager. Aujourd'hui, il tentait de reconstruire sa vie et de rassembler les morceaux de son coeur, et n'entendait pas y faire entrer une nouvelle femme.

Mais ELLE.... Elle était différente de toutes ces autres femmes qui se jetaient sur lui en permanence, cherchant à posséder son corps plutôt que son amour... Elle semblait aussi perdue que lui, fragile, comme le montrait ses épaules crispées alors qu'elle flottait sur ses hauts talons. Son regard ne pouvait se détacher de cette femme, splendide dans sa robe lamée qui moulait ses hanches rondes. Son visage était adorable, tout en fossettes, surmonté d'une paire d'yeux noirs. Une petite cicatrice barrait sa pommette droite. Elle dégageait une sorte de sérénité, qui contrastait avec la crispation de ses épaules, et qui lui donnait envie de la prendre dans ses bras, l'emmener en voyage, la prendre dans ses bras, la rendre heureuse en fin de compte. Tout simplement. Lui parler et tout serait en ordre. Elle seule pourra achever le puzzle de son coeur, en être la pièce maîtresse qui manquait jusque là.

Attrapant une  flûte de champagne sur un plateau que lui tendait un serveur, il se dirigeait vers elle du pas souple et tranquille de l'homme qui sait qu'il sera aimé.

Ils se retrouvèrent face à face, se dévorèrent des yeux, et chacun se noya et renaquit dans le regard de l'autre.

A suivre.



 

Catégorie : Harlequin

<< Page précédente | 1 | Page suivante >>

Créer un podcast