Dimanche 28 février à 16:43

La Sarthe. Cette magnifique région, verdoyante et odorante, terre de caractère. Son circuit, ses rillettes et ses foires. Sa campagne, ses routes sombres, sinueuses, mystérieuses en un sens. Mais surtout, surtout, ses habitants. Un accent unique et si délicat à l'oreille, ses "pô" à la place des "pas", ses "c'lui" là en guise de "celui là" (qui sert pour tout, le déterminant démonstratif "celui ci" semblant avoir disparu du lexique local). Si vous y ajoutez la nouvelle mode qui consiste à parler avec autant d'exactitude que le langage dit "texto", vous obtenez un cocktail détonant et pittoresque. Petit aperçu de la vie en Sarthe?

Venez dans une soirée ou vous ne connaissez aucun invité, seul(e) de préférence. Cela vous donne tout loisir d'écouter et d'observer en tout impunité, personne ne peut vous reprocher de vous taire, vous êtes timide. Eh oui, même si ce n'est pas le cas dans la vraie vie, faites semblant. Ne participant à la conversation, vous êtes tous yeux et toute ouïe. Et les principales disons caractéristiques de langage vous sautent aux oreilles: [l'orthographe est des plus approximative] "oh p'tain mon frère [beuglement de colère des parties féminines de l'assistance dûs au gros mot employé malgré la présence des délicates oreilles d'un enfant. On y reviendra.], en v'nant j'me suis mangé un..... [mystère], la caisse, elle était défonç' grave, j'ai dû tripatouiller le [...idem] pour la faire r'partir quoi, un truc de chaumé!!" Hochement de tête d'acquiescement à ce dernier adjectif de la part de l'assistance, bouche bée (un mâle alpha parle, un profond silence se fait car le sujet est religieux: une voiture.) "Oh mec, dis donc, j'ai encore la caisse de [autre mâle alpha présupposé], bah non j'peux la r'vendre, y'a des tas de trucs à changer, la courroie de dis', elle est flingué mec..."  Nouveaux hochements de tête fervents, et voilà qu'une partie féminine ouvre la bouche: "mais attends, ta courroie de dis, quand tu l'auras changée, tu pourras r'vendre ta caisse bien plus chère, mais ça coûte combien? [la courroie de dis', qui est, je puis maintenant vous le dire si vous n'aviez pas deviné, la courroie de distribution.] Annonce d'un prix quelconque, puis approbation de la partie féminine en question: "Ah oui, bah ça va." La conversation est lancée, principalement dominée par la testostérone, avec une ou deux interventions de la part de l'oestrogène. Détendez vous, vous n'y comprenez rien, c'est normal.

Tiens parlons donc un peu de l'oestrogène. Un peu perdu(e) par la conversation mécanique, vous vous tournez vers la partie féminine du canapé (les deux sexes se séparant une partie de la soirée). Vous croyez être sauvé(e)? Naïf (ve) que vous êtes. Tout ce que vous ne saviez pas (et tout ce que vous n'aviez peut être pas envie de savoir) sur la maternité et la grossesse est là, déversé, disséqué, analysé, commenté et apprécié à voix haute et extrêmement stridente par ces jeunes représentantes de cette délicieuse région. Car, bien qu'à l'aube de leur vingtaine, ces tourbillons d'oestrogène ambulants ne pensent qu'à procréer. Ou l'ont déjà fait et font partager leur expérience aux jeunes initiées. Si l'étrange impression que vous ne menez peut être pas votre vie comme il le faudrait selon leurs critères s'empare de vous, ne craignez rien, ce n'est qu'un effet secondaire dû à la fréquentation de jeunes spécimens d'apprenties mamans à 22 ans. Si vous dites que ne vous ne comptez pas enfanter une quelconque progéniture dans les 10 ans à venir, il est tout à fait normal si l'on vous retourne un regard  poliment étonné, complètement ahuri, voire incroyablement méprisant.

Enfin, il intéressant de constater à quel point le mythe de la propriété semble affecter ces jeunes adultes. Acquérir une maison, un appartement, ou une voiture est un moyen de se stabiliser en créant, puis en fondant un foyer que l'on est capable d'entretenir par soi même, sans être dépendant financièrement. On fait un enfant pour compléter le tableau, pour se dire (ou se convaincre?) qu'on est bien ensemble et parce que c'est ce que font les "familles types".  On acquiert un chien, on trouve du travail, on pose des RTT, on pense à investir dans un monospace "parce que c'est plus pratique pour les enfants". On a 22 ans et on veut devenir adulte avant d'avoir fini d'être jeune.

Conclusion: Au pays des rillettes, on ne fait pas que tuer des cochons pour les tartiner, on tue aussi sa jeunesse. Et ces meurtrières ne voient pas ce qu'il y a de mal à cela. Faites le contraire et vous devenez un phénomène de foire.

Je regarde autour de moi et je vois que toutes mes amies d'enfance sont mariées, pacsées, et/ou mères. Et que les amies de certaines ont exactement les mêmes aspirations. Le tout dans un rayon géographique de 20 km à peine. Loin de moi l'envie ou la volonté de stigmatiser, après tout, ce genre d'idée peut se trouver dans n'importe quelle région, mais je suis quand même frappée de voir que la majeure partie des gens que je connais en Sarthe sont engagé(e)s officiellement. Ai-je pour autant le droit de critiquer leur vie, leurs aspirations? Of course not. Mais j'ai le droit d'avoir peur...
.... non?

http://candy-lady.cowblog.fr/images/coquelicot5509f.jpg


A part ces considérations, en cherchant je ne sais quoi, je suis tombée là dessus: www.lepost.fr/article/2009/03/25/1470825_la-revolution-coquelicot-arrive.html. J'ai trouvé la photo plutôt jolie et l'idée sympa. Oui je sais, un gros truc de hippie me dirait lost.

 

Catégorie : Slices of life

Mardi 9 février à 22:35

(Si vous avez raté le début, voir ici)
       

Mais Marc n’était pas seulement un homme intuitif, c’était aussi un opportuniste. Et ce fût cette qualité (ou ce défaut, selon les points de vue) qui fit germer une idée lumineuse dans sa belle tête. Il courut après Kay et la rattrapa alors qu’elle sortait du cabinet. Etonnée, puis reconnaissante, elle accepta la proposition qui lui fit.

             Vêtue d’un peignoir de soie noire, cadeau de sa sœur affectionnée, mais délurée, Kay se désolait devant sa garde robe, non décidément, rien ne convenait. Que devait-on mettre pour aller à un concert de rock ? Elle n’avait aucune expérience en la matière, jeune femme introvertie, elle ne sortait que rarement et évitait au maximum les bains de foule, ce qui lui avait valu une profonde solitude à l’université. Les seuls concerts auxquels elle avait assisté avec son ex-mari étaient des concerts de musique classique, ou des évènements caritatifs, privilèges dus à sa situation sociale et professionnelle dont elle se serait bien passée. Elle rejeta plusieurs tenues, et découragée, s’assit sur le bord du lit.
« Les talons aiguilles sont exclus, question de bon sens… . Alors quoi ? Jupe en cuir ? Jean ? Tailleur ? Et en haut… il va faire chaud, un débardeur… Ciel, je suis en retard ! » Elle attrapa un jean, un t-shirt et une chemise, sa besace et se rua dehors, où Marc l’attendait depuis dix minutes déjà. Gentleman jusqu’au bout des ongles, il ne lui fit aucune réflexion et la complimenta sur ses boucles d’oreilles.
            En chemin, il lui parla du groupe qu’ils allaient voir, « un peu violent, mais spectaculaire » lui dit-il. Lorsqu’ils arrivèrent dans la salle bondée et étouffante, la première partie avait déjà commencé, et les gens continuaient d’affluer. Bientôt, ils se retrouvèrent coincés parmi d’autres spectateurs. La température semblait augmenter de minute en minute, et bientôt,  tout le monde fut en T-shirt ou débardeurs.

            Kay observait la salle qui commençait à se mouvoir avec la musique, la chanteuse sur scène qui s’époumonait pour eux et les musiciens qui semblaient presque en transe. Peu à peu, la chaleur, la fumée et la musique excita le public, les gens semblaient se rapprocher, chercher le contact. A sa grande surprise, Kay appréciait cette ambiance. Elle leva les yeux vers Marc, qui, sentant son regard, quitta des yeux la scène et la regarda à son tour, avec un léger sourire au coin des lèvres. Immédiatement, elle eut la conscience aigue de ce dont elle avait l’air. Ses longues mèches brunes pendaient, désordonnées sur ses épaules nues et recouvertes d’un léger voile de transpiration, ses lèvres rouges d’avoir été trop mordues et ses grandes prunelles sombres semblaient presque liquides de langueur… . La foule s’échauffait, s’énervait de plus en plus et Kay sentait grandir en elle une excitation et une chaleur dont elle ne saisissait pas l’origine.

            Les lumières se rallumèrent à la fin de la première partie, et, étourdie et assoiffée, elle se jeta sur la bière que lui offrit Marc. Ils discutèrent un moment, puis se turent lorsque l’obscurité se fit dans la salle. « Tu verras », lui glissa t-il, « la chanteuse est extraordinaire ». Un silence de cathédrale se fit lorsqu’elle apparut sur scène, éclairée par derrière grâce à un seul projecteur. Sa silhouette se découpa, immobile et magnifiquement érotique. Toute en formes assumées et même magnifiées, la jeune femme semblait une ode à la vitalité et à l’érotisme. Elle commença à chanter, et immédiatement, toute la salle fut transportée par sa voix grave et son dynamisme. Bientôt, les morceaux se confondirent pour ne former qu’un amalgame de sons qu’elle menait de sa voix rauque et puissante. Elle s’empara de la scène avec une facilité déconcertante, et bientôt, les instruments ne furent plus que les chevaux d’un attelage qu’elle dirigeait d’une main de fer. Capricieuse et fantasque, elle se rapprochait d’eux, dansait avec les uns puis les autres, se lassait de chacun pour mieux y revenir ensuite. Sonnée, Kay la regardait vibrer, admirait son corps se tordre sous les caresses des notes, incroyablement sensuel et splendide d’impudeur. Elle représentait tout ce que Kay n’était pas, et tout ce qu’elle aurait aimé être, une femme et non plus une créature charmante toute en fossettes. Peu à peu, elle sentit la chaleur de la foule, elle prit conscience des corps qui l’entouraient et la compressaient, son excitation monta encore et encore à mesure que la multitude s’énervait, innocente victime torturée par ses désirs éveillés par la concupiscence de la chanteuse qui se jouait des tourments de ses admirateurs, et Kay n’était qu’un martyr parmi les autres. Son corps se balançait en rythme avec la musique, copiant les mouvements et les courbes décrites par celui de la chanteuse, ses yeux se mirent à briller, sa poitrine se soulevait et s’abaissait, elle haletait, ses yeux balayèrent la salle et rencontrèrent le regard bleu lagon de… David.

             Incrédule, étourdi et comme assommé, il la contemplait et ne pouvait croire ce qu’il avait devant les yeux. En l’espace d’une semaine à peine, elle était devenue d’une sensualité incroyable, un poème à la volupté. Ils se rapprochèrent, l’électricité qui régnait dans la salle semblait se concentrer entre eux, sans un geste, sans un mot, ils se déshabillèrent du regard, se caressèrent et s’aimèrent. Derrière eux, la chanteuse atteignait la jouissance ultime sur une apothéose de notes aigues.

Catégorie : Harlequin

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