Venez dans une soirée ou vous ne connaissez aucun invité, seul(e) de préférence. Cela vous donne tout loisir d'écouter et d'observer en tout impunité, personne ne peut vous reprocher de vous taire, vous êtes timide. Eh oui, même si ce n'est pas le cas dans la vraie vie, faites semblant. Ne participant à la conversation, vous êtes tous yeux et toute ouïe. Et les principales disons caractéristiques de langage vous sautent aux oreilles: [l'orthographe est des plus approximative] "oh p'tain mon frère [beuglement de colère des parties féminines de l'assistance dûs au gros mot employé malgré la présence des délicates oreilles d'un enfant. On y reviendra.], en v'nant j'me suis mangé un..... [mystère], la caisse, elle était défonç' grave, j'ai dû tripatouiller le [...idem] pour la faire r'partir quoi, un truc de chaumé!!" Hochement de tête d'acquiescement à ce dernier adjectif de la part de l'assistance, bouche bée (un mâle alpha parle, un profond silence se fait car le sujet est religieux: une voiture.) "Oh mec, dis donc, j'ai encore la caisse de [autre mâle alpha présupposé], bah non j'peux la r'vendre, y'a des tas de trucs à changer, la courroie de dis', elle est flingué mec..." Nouveaux hochements de tête fervents, et voilà qu'une partie féminine ouvre la bouche: "mais attends, ta courroie de dis, quand tu l'auras changée, tu pourras r'vendre ta caisse bien plus chère, mais ça coûte combien? [la courroie de dis', qui est, je puis maintenant vous le dire si vous n'aviez pas deviné, la courroie de distribution.] Annonce d'un prix quelconque, puis approbation de la partie féminine en question: "Ah oui, bah ça va." La conversation est lancée, principalement dominée par la testostérone, avec une ou deux interventions de la part de l'oestrogène. Détendez vous, vous n'y comprenez rien, c'est normal.
Tiens parlons donc un peu de l'oestrogène. Un peu perdu(e) par la conversation mécanique, vous vous tournez vers la partie féminine du canapé (les deux sexes se séparant une partie de la soirée). Vous croyez être sauvé(e)? Naïf (ve) que vous êtes. Tout ce que vous ne saviez pas (et tout ce que vous n'aviez peut être pas envie de savoir) sur la maternité et la grossesse est là, déversé, disséqué, analysé, commenté et apprécié à voix haute et extrêmement stridente par ces jeunes représentantes de cette délicieuse région. Car, bien qu'à l'aube de leur vingtaine, ces tourbillons d'oestrogène ambulants ne pensent qu'à procréer. Ou l'ont déjà fait et font partager leur expérience aux jeunes initiées. Si l'étrange impression que vous ne menez peut être pas votre vie comme il le faudrait selon leurs critères s'empare de vous, ne craignez rien, ce n'est qu'un effet secondaire dû à la fréquentation de jeunes spécimens d'apprenties mamans à 22 ans. Si vous dites que ne vous ne comptez pas enfanter une quelconque progéniture dans les 10 ans à venir, il est tout à fait normal si l'on vous retourne un regard poliment étonné, complètement ahuri, voire incroyablement méprisant.
Enfin, il intéressant de constater à quel point le mythe de la propriété semble affecter ces jeunes adultes. Acquérir une maison, un appartement, ou une voiture est un moyen de se stabiliser en créant, puis en fondant un foyer que l'on est capable d'entretenir par soi même, sans être dépendant financièrement. On fait un enfant pour compléter le tableau, pour se dire (ou se convaincre?) qu'on est bien ensemble et parce que c'est ce que font les "familles types". On acquiert un chien, on trouve du travail, on pose des RTT, on pense à investir dans un monospace "parce que c'est plus pratique pour les enfants". On a 22 ans et on veut devenir adulte avant d'avoir fini d'être jeune.
Conclusion: Au pays des rillettes, on ne fait pas que tuer des cochons pour les tartiner, on tue aussi sa jeunesse. Et ces meurtrières ne voient pas ce qu'il y a de mal à cela. Faites le contraire et vous devenez un phénomène de foire.
Je regarde autour de moi et je vois que toutes mes amies d'enfance sont mariées, pacsées, et/ou mères. Et que les amies de certaines ont exactement les mêmes aspirations. Le tout dans un rayon géographique de 20 km à peine. Loin de moi l'envie ou la volonté de stigmatiser, après tout, ce genre d'idée peut se trouver dans n'importe quelle région, mais je suis quand même frappée de voir que la majeure partie des gens que je connais en Sarthe sont engagé(e)s officiellement. Ai-je pour autant le droit de critiquer leur vie, leurs aspirations? Of course not. Mais j'ai le droit d'avoir peur...
.... non?

A part ces considérations, en cherchant je ne sais quoi, je suis tombée là dessus: www.lepost.fr/article/2009/03/25/1470825_la-revolution-coquelicot-arrive.html. J'ai trouvé la photo plutôt jolie et l'idée sympa. Oui je sais, un gros truc de hippie me dirait lost.