(Pour les plus courageux qui voudraient reprendre depuis le début ou ceux qui ne suivent plus, voir les Chapitre I, II, III, IV ici)

Totalement sonné, David sorti précipitamment de la salle, récupéra son casque et sauta sur sa moto. Non, c’était trop il ne pouvait pas. Il se sentait comme possédé par son regard, son aura troublante de séductrice qui naissait sous  l’enveloppe délicate de femme-enfant. S’il était resté, il n’aurait pu se contrôler. Et cela, il ne le voulait pour rien au monde. Car cet homme meurtri par les femmes qui l’avaient désiré mais sans l’aimer ne s’estimait pas digne d’une telle créature. Il savait qu’il avait ce côté sombre, une noirceur d’âme qui attirait les assoiffées avides de relations à sensations fortes qui tiraient vanité de pouvoir posséder son corps et son âme, mais sans jamais se laisser aimer. Il ne pouvait pas laisser s’exprimer ce côté noir en public, ce qui en faisait un cavalier des plus courtois, charmant, attentif et galant. Ses conquêtes se flattaient de l’avoir à leurs pieds, et il acceptait cette situation car elle lui permettait de brider sa passion sauvage. Mais elles n’étaient pas conscientes que, pendant une toute petite seconde, il les avait en son pouvoir : l’instant clé où, éperdues, elles le laissaient les mener à l’apothéose était sa vengeance personnelle sur ces prédatrices, qui attendaient, suppliaient même qu’il leur fasse atteindre l’ultime jouissance. Son côté obscur se délectait ainsi de voir ces femmes se soumettre ainsi à son bon vouloir ; martyres lâchées en pâture à l’Extase dans l’arène de la passion charnelle, elles imploraient la délivrance que seul un César pouvait leur accorder. La brusquerie dont il avait fait preuve avec Kate le soir de leur rencontre était un bon exemple de ce dont il était capable dans ses pires moments, c’est pourquoi il s’enfuit avant de commettre l’irréparable une seconde fois.

            Il marcha un long moment, seul et désemparé et se retrouva sur les quais sans trop savoir comment. Hagard, il les arpentait, le visage exalté de Kate imprimée sur sa rétine, les mains agitées de tics nerveux. Cette situation n’était plus supportable, il devait prendre une décision. Il ne pouvait plus l’ignorer, il ne pouvait plus faire comme si elle n’avait pas changé sa vie. Lui le beau parleur, toujours  l’aise avec les femmes, toujours en quête du grand amour et se donnant les moyens de le trouver, savait être tombé dessus au hasard d’une rencontre, mais était incapable de se déclarer. « Du moins pas en direct », pensa t’il. « Je pourrais trouver une autre façon de lui prouver mon amour. Internet… Il devrait être possible de dénicher son adresse mail quelque part, son adresse professionnelle sûrement… ». Revigoré par cette décision, il se leva du banc sur lequel il était resté assis toute la nuit, les yeux dans le vague, son casque de moto posé à côté de lui, caricature de présence humaine sensée lui faire croire qu’il n’était pas seul au monde. En repartant vers son cabinet, il fit rugir le moteur comme un cri de victoire dans l’air froid de la ville s’éveillant à l’aube.

            Une fois arrivé, il se connecta à Internet et après quelques minutes de recherches, il parvient à trouver son adresse postale ainsi que son adresse mail professionnelle. Il eut un coup au cœur en avisant qu’elle travaillait dans la même rue que lui. Mais son rendez-vous de 8h30 était là avec son chien de la taille d’un veau, et la paire étant plutôt impatiente, il résolut de mettre de côté tout tracas sentimental afin de se concentrer sur son travail. Il soigna des animaux toute la journée, rassura des maîtres paniqués, en consola d’autres tristes d’apprendre la fin proche de leur compagnon, et réussit à ne presque pas penser à elle.

            A 18h, il ferma son cabinet, éteignit les lumières et rentra chez lui. Il habitait un petit appartement à deux pas de son travail. Sa vie de célibataire avait au moins un aspect agréable : il pouvait meubler son chez lui comme il l’entendait. Des bibliothèques tapissaient les murs de son salon, un écran plat et un lecteur DVD étaient discrètement placés dans un coin de la pièce, face à un divan d’une taille fort respectable. Une cuisine américaine, une chambre en suite et une pièce bureau complétait l’ensemble. Les murs étaient peints en blanc, et même si quelques cadres décoraient les pièces, le tout montrait tout de même les signes d’un emménagement précipité d’un célibataire qui ne rentrait chez lui que pour dormir et manger.

            Il s’étala de tout son long sur le divan, prit son ordinateur portable sur ses genoux et se concentra pour écrire un petit texte d’une dizaine de lignes qu’il envoya, après une longue hésitation, à l’adresse mail de Kate. A la fois soulagé et inquiet, il se coucha, et pour la première fois, les yeux flamboyants de la jeune femme ne le hantèrent pas, ne firent pas naître la brûlure de l’intense sentiment de culpabilité qui le consumait depuis leur rencontre, mais au contraire furent comme la tendre caresse de l’amante sur son âme fatiguée et meurtrie.

           


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(Vous ne trouvez pas qu'elle a une tête de défoncée la dessus?)