(Si vous avez raté le début, voir ici)
Mais Marc n’était pas seulement un homme intuitif, c’était aussi un opportuniste. Et ce fût cette qualité (ou ce défaut, selon les points de vue) qui fit germer une idée lumineuse dans sa belle tête. Il courut après Kay et la rattrapa alors qu’elle sortait du cabinet. Etonnée, puis reconnaissante, elle accepta la proposition qui lui fit.
Vêtue d’un peignoir de soie noire, cadeau de sa sœur affectionnée, mais délurée, Kay se désolait devant sa garde robe, non décidément, rien ne convenait. Que devait-on mettre pour aller à un concert de rock ? Elle n’avait aucune expérience en la matière, jeune femme introvertie, elle ne sortait que rarement et évitait au maximum les bains de foule, ce qui lui avait valu une profonde solitude à l’université. Les seuls concerts auxquels elle avait assisté avec son ex-mari étaient des concerts de musique classique, ou des évènements caritatifs, privilèges dus à sa situation sociale et professionnelle dont elle se serait bien passée. Elle rejeta plusieurs tenues, et découragée, s’assit sur le bord du lit.
« Les talons aiguilles sont exclus, question de bon sens… . Alors quoi ? Jupe en cuir ? Jean ? Tailleur ? Et en haut… il va faire chaud, un débardeur… Ciel, je suis en retard ! » Elle attrapa un jean, un t-shirt et une chemise, sa besace et se rua dehors, où Marc l’attendait depuis dix minutes déjà. Gentleman jusqu’au bout des ongles, il ne lui fit aucune réflexion et la complimenta sur ses boucles d’oreilles.
En chemin, il lui parla du groupe qu’ils allaient voir, « un peu violent, mais spectaculaire » lui dit-il. Lorsqu’ils arrivèrent dans la salle bondée et étouffante, la première partie avait déjà commencé, et les gens continuaient d’affluer. Bientôt, ils se retrouvèrent coincés parmi d’autres spectateurs. La température semblait augmenter de minute en minute, et bientôt, tout le monde fut en T-shirt ou débardeurs.
Kay observait la salle qui commençait à se mouvoir avec la musique, la chanteuse sur scène qui s’époumonait pour eux et les musiciens qui semblaient presque en transe. Peu à peu, la chaleur, la fumée et la musique excita le public, les gens semblaient se rapprocher, chercher le contact. A sa grande surprise, Kay appréciait cette ambiance. Elle leva les yeux vers Marc, qui, sentant son regard, quitta des yeux la scène et la regarda à son tour, avec un léger sourire au coin des lèvres. Immédiatement, elle eut la conscience aigue de ce dont elle avait l’air. Ses longues mèches brunes pendaient, désordonnées sur ses épaules nues et recouvertes d’un léger voile de transpiration, ses lèvres rouges d’avoir été trop mordues et ses grandes prunelles sombres semblaient presque liquides de langueur… . La foule s’échauffait, s’énervait de plus en plus et Kay sentait grandir en elle une excitation et une chaleur dont elle ne saisissait pas l’origine.
Les lumières se rallumèrent à la fin de la première partie, et, étourdie et assoiffée, elle se jeta sur la bière que lui offrit Marc. Ils discutèrent un moment, puis se turent lorsque l’obscurité se fit dans la salle. « Tu verras », lui glissa t-il, « la chanteuse est extraordinaire ». Un silence de cathédrale se fit lorsqu’elle apparut sur scène, éclairée par derrière grâce à un seul projecteur. Sa silhouette se découpa, immobile et magnifiquement érotique. Toute en formes assumées et même magnifiées, la jeune femme semblait une ode à la vitalité et à l’érotisme. Elle commença à chanter, et immédiatement, toute la salle fut transportée par sa voix grave et son dynamisme. Bientôt, les morceaux se confondirent pour ne former qu’un amalgame de sons qu’elle menait de sa voix rauque et puissante. Elle s’empara de la scène avec une facilité déconcertante, et bientôt, les instruments ne furent plus que les chevaux d’un attelage qu’elle dirigeait d’une main de fer. Capricieuse et fantasque, elle se rapprochait d’eux, dansait avec les uns puis les autres, se lassait de chacun pour mieux y revenir ensuite. Sonnée, Kay la regardait vibrer, admirait son corps se tordre sous les caresses des notes, incroyablement sensuel et splendide d’impudeur. Elle représentait tout ce que Kay n’était pas, et tout ce qu’elle aurait aimé être, une femme et non plus une créature charmante toute en fossettes. Peu à peu, elle sentit la chaleur de la foule, elle prit conscience des corps qui l’entouraient et la compressaient, son excitation monta encore et encore à mesure que la multitude s’énervait, innocente victime torturée par ses désirs éveillés par la concupiscence de la chanteuse qui se jouait des tourments de ses admirateurs, et Kay n’était qu’un martyr parmi les autres. Son corps se balançait en rythme avec la musique, copiant les mouvements et les courbes décrites par celui de la chanteuse, ses yeux se mirent à briller, sa poitrine se soulevait et s’abaissait, elle haletait, ses yeux balayèrent la salle et rencontrèrent le regard bleu lagon de… David.
Incrédule, étourdi et comme assommé, il la contemplait et ne pouvait croire ce qu’il avait devant les yeux. En l’espace d’une semaine à peine, elle était devenue d’une sensualité incroyable, un poème à la volupté. Ils se rapprochèrent, l’électricité qui régnait dans la salle semblait se concentrer entre eux, sans un geste, sans un mot, ils se déshabillèrent du regard, se caressèrent et s’aimèrent. Derrière eux, la chanteuse atteignait la jouissance ultime sur une apothéose de notes aigues.