Mercredi 27 mai à 20:09

Bien sûr je devrais être en train de taper mes sept pages de Civilisation 17ème italienne (le Printemps des Peuples en Europe...). Réviser ma littérature anglaise. Faire ce commentaire de texte anglais. Et non, à la place, je viens à nouveau passer mes nerfs. Ce fichu rapport de stage me hante encore et taraude ma conscience.

Pleine de bonne volonté, à peine rentrée je m'installe avec mes notes de stage, un paquet de gressins et du thé glacé à la pêche parce que je le vaux bien et qu'il faut bien ça pour avaler ce genre de lecture indigeste. Et je tombe sur le premier cours avec les premières. Qui, soit dit en passant, suivait celui des Terminales (cf article plus bas).

Flash back: quelques mois en arrière. La salle de classe, ce parquet infâme, ce tableau atroce et cette croix.... Ma foi, mieux vaut  ne pas s'exciter dessus. La prof, cet ange de patience et de dévouement, qui me dit d'un ton déjà exténué: "tu verras ils sont un peu grandes gueules...J'ai eu beaucoup de mal avec eux au début, j'y allais vraiment avec un noeud dans le ventre... Mais maintenant, ça va un peu mieux. On verra à ce moment là, mais tu pourrais peut être leur faire un cours..."

...ou pas.

Ils arrivent, au compte goutte, bien sûr, avec cette nonchalance qu'ils pensent distinguée. Qu'ont ils de si terrible? Ils n'ont pas l'air très dégourdis. Un deuxième groupe arrive, avec en tête, un mini-Adonis blond comme les blés, sourire de tombeur accroché à des lèvres parfaitement ourlées surmontées d'une paire d'yeux bleus romantiques en diable. Casanova entre d'un pas conquérant dans la salle de classe, pectoraux en avant, subtilement tendus d'un pull (Ralph Lauren? en tout cas, certainement pas C&A...) vert prairie mettant en valeur, pense t-il, ses yeux couleur océan. Tant de naïveté est si touchant, qui oserait lui dire que les deux jurent atrocement?
Ce petit prédateur en herbe lance un retentissant Ciao come sta? et, toujours aussi gracieux, va s'assoir lourdement à sa table, sourire ravageur toujours plaqué sur la bouche.

Qui s'élargit quand entre enfin le dernier groupe, composé de filles. Et qui finit par faire trois fois le tour de sa tête, bien faite, mais passablement vide, lorsque sa ravissante voisine pose délicatement ses fesses moulées de Levis sur sa chaise. Défaisant la fermeture éclair de sa veste en cuir (on a la classe ou on ne l'a pas), elle montre un débardeur que personne ne porterait en cette saison sous peine  de contracter immédiatement la Grippe A (on est en mars). Il semble faire de l'effet, Don Juan des bacs à sable louche immédiatement dessus avec une telle intensité que c'est un miracle si il n'est pas encore atteint de syphylis.

Le cours commence, et tout de suite, ce n'est qu'une immense farce. La pauvre enseignane passe d'un table à l'autre essayant d'expliquer les exercices, sans s'aperçevoir que derrière son dos, se joue une scène digne d'un roman de Sade. La libido forcenée adolescente a un visage... Et elle a choisit sa victime, qui n'a aucune chance. Ce sadique développe sa panoplie complète, la pauvre enfant est perdue. Elle ne peut résister à la brûlure de ses yeux bleus qui semblent la mettre à nu. A coups de paroles, de gestes, de regards, tour à tour il la caresse, et la torture, enfin, joue avec elle au point de n'en laisser qu'une carcasse que seul un lambeau de dignité retient de succomber. Il l'achève d'un dernier coup d'estoc en l'embrassant sur la joue à la fin du cours. C'est fini.

Quelques jours plus tard, je revis le couple, le lion et l'agneau. Et me demandai qui avait inversé les rôles à ce point. La pauvre vierge éffarouchée était de toute évidence bien plus expériementée qu'elle ne laissait penser, et le lion semblait avoir perdu tout superbe: la crinière lâche, les yeux ternes, le visage ravagé, il la couvait d'un reagard... mais oui d'un regard énamouré.
Le lion est il tombé amoureux de l'agneau? Qu'il est maso ce lion...

Les tourments adolescents... Ou comment Sade s'est retrouvé sous la coupe de Sacher-Masoch.
Par Lucy-Westenra le Mercredi 27 mai à 20:55
Bien sûr, je devrais être en train de faire ma fiche sur Le martyre de saint Symphorien d'Ingres mais non, je lis ton dernier article.

En tous cas j'ai bien ri, comme d'habitude. Mais n'aurais-tu pas chopper quelques bribes dans Twilight, mademoiselle ?

En fait je ne pourrai pas demain, j'ai un vil cours d'art contemporain de midi à 13h...
Par Miranda le Mercredi 27 mai à 21:03
Je me demandais si tu allais voir la référence... Mais c'est fait exprès. Pour renforcer le côté ado...
Zut pour demain, c'est très vil ça en effet.
Par Lucy-Westenra le Mercredi 27 mai à 23:02
Le pire c'est que ce cours, je l'ai eu tout le semestre, j'aurais dû y penser avant de te proposer l'idée ! Enfin bon, une bonne paire de claques et à la revoyure...
Par Lucy-Westenra le Mercredi 27 mai à 23:02
(Surtout que demain, c'est mon dernier jour de cours)
Par Miranda le Mercredi 27 mai à 23:09
Pas grave, j't'aime quand même.
Par silverthorn le Vendredi 29 mai à 18:41
Eh bien mademoiselle, c'est bougrement bien écrit et imagé en diable. J'aime énormément la belle écriture doublée d'une ironie acerbe et j'ai trouvé mon bonheur dans le Guépard, notamment avec ce passage :

"On ne pouvait pas lui donner tort : dans ces années-là la fréquence des mariages entre cousins, dictés par la paresse sexuelle et par des calculs terriens, la rareté de protéines dans l'alimentation aggravée par l'abondance d'amidon, le manque total d'air frais et de mouvement, avaient rempli les salons d'une foule de jeunes filles incroyablement petites, invraisemblablement olivâtre, insupportablement gazouillantes ; elles passaient leur temps coagulées entre elles, ne lançant que des appels en choeur aux jeunes hommes apeurés, destinées, semblait-il, à ne servir que de toile de fond aux trois ou quatre belles créatures qui comme la blonde Maria Palma, la très belle Eleonora Giardinelli passaient en glissant comme des cygnes sur un étang rempli de grenouilles. Plus il les voyait et plus il se sentait irrité ; son esprit habitué aux longues solitudes et aux pensées abstraites finit par lui procurer, à un moment donné, une sorte d'hallucination alors qu'il traversait une longue galerie en passant devant un pouf central où s'était rassemblée une colonie nombreuse de ces créatures : il lui semblait être le gardien d'un jardin zoologique en train de surveiller une centaine de jeunes guenons : il s'attendait à les voir tout d'un coup grimper aux lustres et de là, suspendues par la queue, se balancer en exhibant leur derrière et en lançant des coquilles de noisettes, des cris et des grincements de dents sur les pacifiques visiteurs.
Etrangement, ce fut une sensation religieuse qui le détourna de sa vision zoologique : en effet, de ce groupe de guenons en crinoline, s'élevait, monotone et continue, une invocation sacrée : "Marie! Marie!", s'exclamaient perpétuellement ces pauvres filles. "Marie! quelle belle maison!" "Marie! quel bel homme le colonel Pallavicino" "Marie! j'ai mal aux pieds!" "Marie! que j'ai faim! quand va-t-on ouvrir le <<bouffet>>?" Le nom de la Vierge, invoqué par ce choeur virginal, remplissait la galerie et changeait de nouveau les guenons en femmes, parce-qu'il ne semblait pas encore que les ouistitis des forêts brésiliennes se soient converties au Catholicisme. "
Par Miranda le Vendredi 29 mai à 23:26
Tudieu, je ne me souvenais pas de ce passage! Tomasi était un maitre, un 'Prince' de l'écriture, on ne peut pas lutter... :) Cette description est assez extraordinaire! C'est marrant, on dirait mes gamines...
Par lost le Dimanche 31 mai à 13:09
bon j'ai remédié à un manque affreux, je t'ai ajouté à mes flux RSS
je crois que je partage ton gout pour l'étude zoologique sur ados en floraison (dans tous les sens que cela peut recouvrir)

quoi qu'il en soit, belle description
 

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